L’amour c’est

L’amour c’est t’avoir entre mes bras.

L’amour c’est mon chat qui me fait des câlins. C’est la patte à coussinets sur mon bras. C’est ses grands yeux qui n’en savent pas plus que moi mais me regardent avec tant d’intensité.

L’amour c’est cette collègue, cette amie qui chaque jour me dit : « bonjour toi ». L’amour c’est ce rire, ces fous rires même, qui éclatent dans le bureau, me font me sentir vivante, vibrante.

L’amour c’est l’amitié. C’est le : « ça va, toi ? » quand non, ça va pas. C’est le « ça va, toi ? » même quand ça va bien. C’est la certitude d’une présence.

L’amour c’est ces supérieurs, qui n’ont de hiérarchiques que le nom, cette cheffe qui me trouve des solutions. C’est ce moment de : « je pense que tu pourrais être plus heureuse grâce à cette option à laquelle j’ai réfléchi ».

Pourquoi ? Pour aucune raison à part celle de me rendre plus heureuse.

L’amour c’est t’avoir entre mes bras.

L’amour c’est mes parents qui sont heureux quand je les appelle. C’est la voix de ma mère. C’est le rire de mon père. C’est le sourire de mes soeurs. C’est cette douce certitude.

Nous sommes là. Toujours. Nous serons là. Toujours. Par les liens du sang et ceux du coeur. Par ceux que nous ne pouvons défaire et par ceux que nous pourrions élimer. Toujours. Pour toi.

L’amour c’est toi.

Cette certitude, cette évidence. Il est là, car je suis là. Je suis là, car il est là. Car tu es là. Hier et demain. Aujourd’hui et depuis maintenant des mois.

L’amour c’est la suspension d’une seconde, la chaleur d’un câlin, la tendresse d’un baiser, c’est un repas préparé donc encore brûlant, c’est le moelleux d’un massage.

C’est toi et toute la galaxie autour de moi. J’ai tant d’amour. Je suis si chanceuse.

L’amour c’est toi, moi, et tout le reste. Toute la galaxie de poussières d’étoiles.

Take me home tonight

Ce soir on a beaucoup parlé avec le petit panda roux. Des copains, de la neige, du garçon, et puis de la vie, surtout. De l’avenir, de c’est qui toi, c’est qui moi, c’est quoi tout ça dans un an, dans dix, dans vingt.

On a parlé de nos foyers. Tu veux quoi, toi ? Une maison, avec des escaliers, et puis des couloirs et des chambres. Je veux quoi, moi ? Un grand appartement, avec du parquet, de la lumière comme s’il en pleuvait, des succulentes qui ne mourront pas.

Sur le chemin du retour, le métro aérien a décrit un arc timide au-dessus de la Seine. J’ai regardé, il faisait nuit, j’avais les yeux fatigués. Je me suis crue, une seconde, revenue en arrière, funambule sur le Rhône.

Lyon me manque, Lyon et ses eaux qui se mêlent, qui enclavent, qui aèrent. Lyon et ses pavés, ses ruelles, son Histoire, sa fierté discrète. Le dernier jour de l’année, j’ai monté à nouveau la colline de Fourvière, contemplé à nouveau cette ville qui était un jour ma maison.

J’avais une maison, dans cette ville. Non : un appartement. Un grand, avec du parquet et de la lumière comme s’il en pleuvait. Avec des grasses matinées paresseuses, l’odeur de la cire sur le bois le dimanche. Avec petite soeur qui dansait avec moi en plein été, une culotte à froufrous sur les fesses, fenêtres ouvertes sur l’obscurité.

J’avais ce que je voulais, mais pas là où je peux l’avoir. Et en partant, j’ai transvasé ma vie avec moi. Vases communicants sur une ligne de TGV.

À Paris, c’est le présent, l’avenir probablement, les petites choses, la rédac, le cocon, le chat con, des milliers de rues pas encore foulées, des milliers de façades pas encore admirées. À Paris, c’est les gens, l’amitié, les lieux de rendez-vous immuables, et puis, maintenant, c’est aussi le garçon.

Mais ce soir, et ça m’a fait du bien, l’espace de deux battements de coeur, je me suis crue revenue à Lyon. À la maison.

Il y a un garçon

Pour la première fois depuis longtemps, il y a un garçon. Un garçon pour de vrai, un avec l’amour tout autour, un qui reste dormir et qui passe des week-ends, un qu’on présente aux potes avec un micro-pic d’appréhension parce qu’on a envie qu’il les aime bien, et qu’ils l’aiment bien.

Un garçon à qui on tient la main, et qu’on embrasse parfois sur l’épaule, comme ça, sans y penser, sur un coup de cœur.

Un garçon pour de vrai, pas un (entre parenthèses). Un garçon sans « mais… », parce que tout le monde sait qu’il ne faut rien croire dans ce qui est dit avant le « mais… ».

Il y a un garçon, et je vous l’ai pas dit. Enfin, si, je vous l’ai dit vite fait, je l’ai glissé par ici, sous-entendu par-là, parce que quand même, je vous ai tellement tanné•es avec le fait que je voulais qu’il y ait un garçon… Ce n’était que justice de vous dire que ça y est.

Il y a un garçon.

Et j’ai envie de vous en parler, j’ai envie d’écrire, j’ai envie de dire les choses parce que j’aime les dire avec des mots, avec des silences, des virgules lourdes de sens, de tendres points de suspension.

Mais je ne vais pas vous en parler. Pas tout de suite. Pour l’instant, il y a un garçon, en chair et en os, dans le creux de mon cou et celui de mes reins, et je le garde là. Dans la vraie vie, dans l’arc délicieusement tangible d’un sourire qui me fait fondre.

Il y a un garçon, mais pas encore ici, dans ma deuxième maison. J’ai envie de le garder un peu pour moi, celui-là. Dans ce drôle de jardin secret qu’est devenue ma réalité, loin des commentaires et des pouces en l’air.

Il y a un garçon, c’est tout.

Et c’est vraiment très bien.

All was well

J’ai pas fait d’article de Noël, pas d’article de bonne année. C’est que j’étais occupée à être heureuse.

Pour plein de gens, 2016 a été une année horrible. Je le comprends. Le monde est encore plus parti en vrille, des personnes inspirantes l’ont quitté sans retour, et puis il y a tout le reste, les petits drames, les coeurs brisés, les peurs, tout ce qui fait que le 31 décembre à 23h59, un soupir collectif s’est élevé dans l’air.

Pour moi, 2016 a été une très bonne année. Je l’ai entamée avec deux de mes piliers, comme elle le dit si joliment, sur un pont londonien, des feux d’artifice plein les yeux.

En 2016, j’ai été voir une psy, j’ai arrêté d’être déprimée, j’ai consolidé ma bande de copains, ma fière flotte qui tangue un peu. J’ai trouvé un appart, et construit dedans un fort de couvertures. J’ai récupéré ce con de chat et j’ai sillonné les rues de Paris pendant que le soleil m’éclaboussait de chaleur.

En 2016, j’ai eu une nouvelle cheffe et elle est parfaite. J’ai fait de nouvelles choses. J’ai dit au revoir à des collègues, des au revoir en forme d’à bientôt, et j’en ai accueilli de nouvelles à bras ouvert. J’ai vu toute cette bande se solidifier, se consolider un matin de septembre, pour tenir bon face à la tempête. Bras dessus, bras dessous, on laisse personne en arrière.

En 2016, j’ai encré sous la peau de mon bras gauche les racines qui m’abreuvent même quand le temps se couvre. J’ai perdu du poids et mis des chemisiers genre meuf qui bosse à la Défense. J’ai laissé pousser mes cheveux qui ont blondi comme les blés.

J’ai pas fait d’article pour les fêtes, parce que j’étais trop occupée à être heureuse. Heureuse de tout ce que cette année m’a apporté, de tout ce que la nouvelle promet.

Mes fêtes, c’était la chaleur du foyer retrouvé, l’odeur du café trop fort de mon père le matin, c’était la cuisine avec ma mère en écoutant de la folk, la décoration du sapin, le trio de soeur pas réuni depuis trop longtemps. C’était une lichette de schnaps pour faire passer le repas, et le moelleux de la sieste dans mon lit d’adolescente, celui à une place avec sa table de nuit en bois clair.

C’était le mistral coupant de cette ville qui ne me manque pas mais que j’aime retrouver. C’était les rues pavées dans lesquelles j’ai tant erré, et dans lesquelles je ne fais maintenant que passer. C’était retrouver aussi l’autre ville, la grande la belle, ma Lyon d’adoption, et m’amuser à y faire du tourisme comme si je n’y avais pas vécu pendant des années.

C’était les fous rires des copains, les danses maladroites sur de mauvaises chansons pop, le mousseux qui pétille sous la langue, des câlins à ne plus savoir qu’en faire. C’était se blottir le premier janvier, quelque part dans un matin tout relatif, pour regarder des gens beaux nous émouvoir, et se tenir chaud ensemble avec une montagne de couettes et des plaids Disney.

C’était être un peu des enfants, pas mal des adultes, et beaucoup déborder d’amour, et pouvoir l’exprimer sans peur, sans honte. Je vous aime, et vous m’aimez. Et c’est bien.

C’était la surprise inattendue, au détour d’un bonnet rayé sur un quai de gare, qu’est-ce que tu fais là, t’es bête, je m’y attendais pas, je suis chargée comme une mule et j’écoute une chanson niaise, ça devait être dans une heure mais t’es là, et je ne dis plus rien parce que je t’embrasse, et c’est bien. Quand t’es là.

2017 a commencé dans les rires, continue dans la douceur, et je vous souhaite la même chose. Je vous aime, vous aussi.

Wanderlust

Je n’ai jamais été une voyageuse dans l’âme. J’aime partir, mais j’aime surtout revenir. L’oursonne en moi s’accommode mal du changement, la timide roulée en boule sous ma carapace de faux-semblants panique à la moindre nouveauté imprévisible.

J’ai voyagé beaucoup, par chance ; j’ai voyagé peu, par choix. Enfant, adolescente, il y avait le rituel, la voiture chargée jusqu’à fermer le coffre de toit avec des tendeurs, les CD pour tenir la distance, les 36h de route, la poussière, la chaleur, les aires de repos, la maison. L’autre maison, celle de mon autre pays. Celle où on mange avec les mains, où le temps s’arrête cinq fois par jour le temps des rituelles génuflexions face à la Mecque.

L’autre rituel, intra-Hexagone oui mais loin quand même. Celui vers les cadeaux et l’esprit de Noël, O Tannenbaum en allemand, l’odeur chaude de la soupe et du pain de campagne, l’autre famille, l’autre pays, finalement, aussi. Celui où le temps s’est d’une certaine façon arrêté dans les terres douces et poudreuses de la vieillesse avec ses napperons en dentelle et ses jeux de société d’un autre monde.

Il y a eu les voyages scolaires, outre-Rhin et au-delà des Alpes. La tendre escapade familiale dans les bruyères des Cornouailles, avec une caravane pliante ornée de fleurs d’un orange éclatant, héritée d’une époque hippie qui nous a valu bien des sourires dans les terres britanniques. C’est que ça rendait bien sur le gazon vert des campings.

Il y a eu Dublin et la buée quand on respire, l’Irlande du Nord et sa Chaussée des Géants, le feu de bois, la randonnée impromptue, la chaleur des pubs qui sentent le ragoût et la bonne bière brune, celle qui nourrit autant qu’elle abreuve.

Il y a eu Berlin, Berlin en bus avec du vin français dans mes bagages, Berlin et ses plantes qui traversent le béton, ses nuits à n’en plus finir, ses bières et ses punks, cette évidence avec un arrière-goût de souvenir chez un garçon qui fut, et n’est plus, un des garçons de ma vie.

Il y a eu Londres pour les douze coups de minuit le trente-et-un décembre dernier, flanquée de mes deux pandas roux favoris, à se geler les miches sur un pont sans une seule fois rouspéter parce que les feux d’artifice brillaient dans les yeux de mes amies. Être là toutes les trois comme une évidence, de partager ce bout de ville qu’on a toutes les trois arpentées, qui nous a toutes les trois fait rêver. Ensemble.

Il y a eu le Voyage avec un grand V, celui de mes premières grosses économies, l’un des deux seuls points sur ma bucket list. Bras dessus bras dessous avec ma grande sœur, deux gaijins parmi tant d’autres, les ruelles de Tokyo qui étaient exactement comme dans mes rêves, la jungle d’Okinawa qui a dépassé mon imagination toute entière.

Je ne vous ai toujours pas parlé du Japon, même si ça fait déjà deux ans. C’est que c’est un souvenir précieux, que j’ai peur d’effriter en l’exprimant trop. C’est rare, de rêver dix ans de quelque chose, et de ne pas être déçue une seule seconde.

Le voyage me frustre car il faut toujours rentrer. Car on n’est jamais vraiment là, on est toujours invitée, de passage, déracinée. Je n’ai jamais osé m’expatrier, mais le voyage me donne l’impression que je pourrais vivre partout.

J’ai mille vies dans ma tête, j’en ai une à chaque pays comme je m’en crée une à chaque garçon.

Je suis cette petite Française qui fait un saut au conbini avant de rentrer manger ses onigiri sur son futon. Je suis cette Frenchie qui esquive les flaques de Canterbury pour atteindre son pub favori. Je suis cette continentale bronzée toute l’année, prenant le café sur une terrasse de Majorque en se disant que quitte à être paumée, autant l’être au soleil. Je suis cette françaouïa métissée (re)venue dans ce pays, son presque-pays où elle n’est pas née, un jus d’orange pressé à la main au cœur d’un chaotique souk casablancais.

Je ne veux pas voyager, je veux appartenir, je veux m’enraciner. Il paraît que j’ai besoin de repères, c’est pas moi qui le dis c’est ma psy. À chaque pays, je m’imagine poser mes valises, trouver un petit meublé, me faire mes habitudes. Et pourtant, je n’ai pas envie de partir, j’ai un peu peur aussi.

Peut-être que quand je serai plus solide sur mes appuis, j’irai voir ailleurs si j’y suis.

En attendant, je me glisse dans mon bain, car finalement, c’est aussi et toujours un nouveau voyage que cette drôle de Paris.

Grow up or die tryin’

Comme disait la chanson, « J’essaie, j’essaie de faire de mon mieux ». J’essaie d’être comme ces filles, non, ces femmes qui ont l’air d’avoir tout pigé, de pouvoir tout gérer.

Tu sais lesquelles, celles qui ont des plantes pas fanées dans des pots pastel, qui cuisinent le matin parce qu’elles ont pris le temps de faire le marché parce qu’elles se sont pas traînées du canapé-lit à midi pour mettre en route un mug de café soluble parce que ça fait 4 mois que la french press est cassée et que vraiment c’est pas compliqué à racheter mais voilà. C’est cassé. Alors on fait comme ça.

Celles dont les week-ends durent quatre demi-journées et pas deux parce qu’elles dorment pas toute la matinée, celles qui ont des vêtements repassés et un parquet. Celles qui savent en se levant quoi faire de leur journée, celles qui sentent bon et ont les cheveux brossés, celles qui savent utiliser des produits de beauté mais ont décidé de ne plus le faire parce que ce n’est pas bon pour la santé.

Celles dont le frigo est rempli et bien rangé, lavé, avec une odeur légèrement citronnée. Celles qui quand elles t’accueillent te font sentir un peu comme chez ta mère, comme chez une vraie adulte, c’est peut-être l’odeur de la tarte dans le four ou celle de la bonne lessive, avec de l’adoucissant, toi t’as pas d’adoucissant, et tu laves tout à froid de peur de flinguer un pull.

Avant t’en plaisantais, tu disais que t’avais pas eu le mémo, que t’avais raté l’inscription à la fac des adultes. T’es là, en pyjama un peu trop court sur les chevilles comme un Weasley trop vite grandi, en tailleur dans un canapé à 50 balles, et tu tires trop de fierté du fait que ce soir, pour la première fois depuis un million d’années, t’as cuisiné.

Et même ça tu l’as fait penchée sur ta table basse pas adaptée à ton appart, en regardant tes séries télé.

Mais les baby steps vers l’âge adulte c’est trop lent comme méthode pour avancer.

Dimanche j’ai fait un truc, j’ai regardé la moi d’avant, de maintenant, et je lui ai dit au revoir, je l’ai laissée s’éloigner, j’ai tellement chialé, c’était dans ma tête mais aussi dans mes tripes et dans ma poitrine, et ça a pas de sens parce qu’elle est encore là, parce que ça a pas marché, parce que je suis encore là, je suis encore moi.

Mais elle sait qu’elle est plus à sa place, maintenant, elle sait que je m’accroche parce que changer ça fait peur, parce que j’ai peur d’échouer aussi, parce que j’ai peur que ça règle rien. Faudrait arracher le sparadrap, claquer la porte, après tout je viens d’avoir vingt-cinq ans, c’est un peu moins mignon qu’à dix-neuf d’avoir encore des cartons pas défaits, et des lessives sans adoucissant.

Devenir adulte je sais que ça va arriver, que ça doit arriver, mais je me roule en boule comme l’enfant que j’étais et finalement c’est peut-être l’étape finale pour rentrer dans la chrysalide et enfin muer.

Avant, tu me manquais

Il y a un an c’était la plaie, le vide, le creux d’une habitude disparue, l’effort quotidien pour me rappeler qu’il y avait avant, et qu’il y avait maintenant. Il y a un an c’était une petite détresse de tous les jours, une infime latence quand j’y pensais, une douleur diffuse que j’aurais aimé transformer en rage, sauf que je ne suis pas très forte pour être en colère.

Il y a un an il y avait eu un garçon, et puis il n’y avait plus de garçon. Et c’est pas grave, et c’est pas grand-chose, mais dans le grand contexte de l’automne dernier, c’était tout un petit monde qui implosait, se refermait, s’effondrait.

J’ai trop d’imagination pour supporter de perdre les garçons. Dans ma tête c’est déjà un millier de souvenirs potentiels qui se créent. Alors à chaque garçon qui me tourne le dos, il me faut oublier des choses qui ne sont jamais arrivées. Des étreintes jamais échangées, des baisers jamais volés, des nuits blanches jamais traversées, des orgasmes jamais donnés, des pleurs jamais versés.

J’ai mille vies dans ma tête, et c’est jamais facile de les effacer.

Mais c’était il y a un an, et aujourd’hui, sans penser à rien, je me suis rendue compte que je peux le dire, même si ça fait des mois que c’est vrai : il a arrêté de me manquer.

Comme ceux d’avant et probablement ceux d’après.

Après tout, il me reste encore un million de vies à imaginer.