De l’intérieur du cocon

Je suis retombée dans mes vieux travers. Mon agenda, tout petit, tout noir, qui tient dans la poche, se noircit aussi vite que mes joues quand l’automne pleut sur mon mascara. Il y a toujours des choses à faire, des gens à voir, des mots à dire dans un micro, des bières à écluser, des rires à laisser éclater.

Il y a toujours le lien social, cette sorte de peur diffuse de l’ancienne oursonne qui ne voyait personne. Il y a cette pulsion de dire « oui », oui à ton invitation, oui à tes plans, oui à cette idée, oui, pour ne rien rater, oui, pour ne jamais regretter. Parce qu’il y a cette devise, depuis quelques années : « mieux vaut avoir des remords que des regrets ».

Mais là, ce soir, en attendant — dans deux heures — le prochain lien humain, il y a le cocon. Il est pas très bien rangé, parce que je n’y ai pas été souvent, et quand j’y entrais c’était pour quelques heures, jusqu’au lit, jusqu’au sommeil, jusqu’à la couette sur laquelle j’ai rajouté un plaid parce que les nuits se font fraîches.

Il est pas très bien rangé, et pas très bien nettoyé, et il va falloir que je m’y mette, quand je me serai reposée. Mais c’est mon cocon. Il n’est pas très bien décoré, il n’est pas fini, il est toujours en standby, « en construction » depuis tout de même six mois.

Mais c’est mon cocon.

Il y a les livres, ceux que je connais par coeur, il y a le chat, la pluie sur les vitres, la vaisselle qui m’attend, mes pieds sur la table basse, mon coussin en forme de renard sur le canapé. J’ai allumé le chauffage et l’odeur bien spécifique des radiateurs électriques bas de gamme a empli pour la première fois les 26 mètres carré.

C’est mon premier automne dans le cocon. J’espère qu’il neigera cet hiver, parce que je veux voir des flocons depuis mon cocon.

L’an dernier, à cette date, je n’avais pas de cocon, et je n’avais pas grand-chose, en fait. Si, j’avais dans mon coeur un nouveau garçon, et il est toujours là, c’est pas pareil mais c’est pas moins bien, ça non. J’avais la peur au ventre et les pleurs aux paupières pour des raisons qui ne voulaient pas sortir, j’avais des envies et des espoirs et l’impression que je n’avancerai jamais.

Que je n’aurai jamais de cocon.

Maintenant, j’en ai un, et il est pas parfait, mais c’est le mien, et le pain est chaud, le chat ronronne, la porte est verrouillée, le dehors reste dehors. Je suis à l’abri. Dans mon cocon.

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3 réflexions sur “De l’intérieur du cocon

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