Dans ma rue il y a des travaux

Au bout de ma rue il y a le métro. C’est de là que j’émerge, c’est là que je m’immerge. Dans ma rue il y a le bar en travaux (et moi j’aime regarder les travaux). Dans ma rue il y a beaucoup de restauration rapide, il y a beaucoup de choix pour ne pas cuisiner, pour dire #PasCeSoir, mais j’y résiste parce que le soir, je ne mange pas.

Dans ma rue il y a deux boulangeries, il y a la bonne et l’autre. La bonne c’est mon chouchou, mais l’autre est ouverte à des heures qui n’ont pas de sens, au cas où je voudrais à vingt-deux heures trente-six une baguette réchauffée.

Dans ma rue il y a des « commerces de proximité » et je connais bien leurs néons, leur façon de ne pas poser de questions. Je connais la faune qui les peuple. Il y a les gens comme moi et tous les autres. Mes préférés sont les mamans qui viennent à des heures indues acheter des bananes plantain et les sportifs qui s’arrêtent pour une bouteille de Gatorade.

Dans les commerces de proximité ils vendent de petites bouteilles de Cristalline avec déjà du sirop de menthe, de fraise ou de grenadine dedans, gardées au frais. Uber Van de la schlagerie. Ça ne coûte rien cela dit, une poignée de pièces carillonnantes sur le zinc.

Dans ma rue il y a un bar à shisha et je l’aime bien. Il sent la fraise, la pêche, la pomme de mes années lycée. Il n’y a quasiment que des hommes dedans mais ils ne m’embêtent jamais. Ils profitent de la terrasse. Ils ne me prêtent pas attention. Moi je passe, et je respire un peu plus fort.

Dans ma rue il y a un PMU un peu triste mais où les gens ont l’air heureux. Il y a un bar un peu moins pété mais aussi moins fréquenté. Et un restaurant colombien avec une épicerie attenante, alors je me dis que si je m’expatriais, j’aimerais travailler dans un petit boui-boui français qui fait du pot-au-feu et vend des herbes de Provence comme à la maison.

Dans ma rue il y a le peuple et la gentrification et tout se mêle sans vraiment se dissoudre, comme l’huile et l’eau.

Dans ma rue il y a un petit bout de femme aux cheveux bleus, aux cheveux verts, aux cheveux blonds, qui rentre et part toujours un peu trop tard. Qui ne connaît qu’un morceau de sa rue.

Peut-être qu’un jour j’irai au bout de ma rue.

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2 réflexions sur “Dans ma rue il y a des travaux

  1. Bonsoir Mymy,
    Je navigue actuellement avec un grand bonheur et une affection renouvelée à travers tes articles. Ils sont vraiment très touchants, je les comprends vraiment, et j’aime beaucoup la façon que tu as de peindre des petites scènes, comme de la bande-dessinée sans images (oui, je sais, parait-il que ça s’appelle un article, mébon). Je m’arrête ici, simplement pour m’assurer que ce titre est bien une référence aux deux pieds de Thomas Fersen. (Non, parce que cet album est chouette, et pour le peu de personnes qui l’écoute, je me suis dit que ça valait le coup de chapeau).

    Bonne nuit, journée, ou que sais-je, cela dépendra de ton heure de lecture.

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