Moi la mer elle m’a prise un mardi

Il y a des gens pour qui c’est comme un membre fantôme, comme une partie d’eux absente, comme une moitié de lit froide, comme un petit-déjeuner pour une personne. Il y a des gens pour qui c’est la vie, le quotidien, le but, l’absolu.

Pour moi c’est ni l’un ni l’autre, c’est un état de fait, ni subi ni recherché, ni insoutenable ni agréable. C’est là comme une crampe qui va et vient, qu’on oublie parfois, qui se réveille certains matins. Comme à six heures et demie, blottie contre mes deux oreillers, puisque personne n’est là pour m’en voler un.

Il paraît que le bonheur se nourrit comme un animal ronronnant, qu’on l’entretient comme on s’occupe d’un jardin, alors je m’y emploie, je savoure les petits plaisirs et les grands projets, les éclats de rire au soleil et les nuits blanches. Il paraît que personne ne tombe amoureux des gens tristes, mais je me souviens, moi, être tombée amoureuse d’hommes tristes, et finalement c’était pas forcément bien, mais c’est pas pour ça que c’était pas réel, qu’on a pas su créer, à un moment, notre propre petite accalmie de bonheur, brique après brique, comme la petite maison sous l’eau.

Il paraît que ça viendra quand j’arrêterai de chercher, mais je cherche pas ; quand j’arrêterai de désirer, mais je désire pas ; quand j’arrêterai de me souvenir, mais j’ai déjà oublié.

J’ai oublié la certitude d’une présence, le naturel des fous rires, la simplicité de l’amour partagé. J’ai même, d’une certaine façon, oublié les peines et les douleurs qui vont avec. Tout ça, je m’en souviens comme on se souvient de son livre préféré, celui qu’on connaît par cœur alors qu’on l’a pas ouvert depuis des années.

J’ai appris, tout comme on m’a dit, tout comme je le dis. Je suis le capitaine de mon propre bateau, et je ne suis jamais seule, peu importe les forces qui agitent les flots. J’ai ma petite armada, toutes ces coques percées, ces voiles rafistolées qui font front à mes côtés. Souvent on s’aide mutuellement à ne pas prendre l’eau, j’écope pour l’un, il tracte l’autre.

On est une belle flotte, toute malmenée qu’elle soit.

Mais comme l’a dit le dernier garçon, celui avec les yeux bleus et l’encre sous l’épaule, je suis seule dans mon bateau, je suis capitaine d’un équipage fantôme, je règne en maîtresse sur les courants d’air et les souvenirs. Ils restent planqués dans les cales, la plupart du temps ; certains, les meilleurs, préfèrent les cabines, mais personne n’arpente le pont.

Je veux pas d’un marin d’eau douce, d’un matelot sous mes ordres. J’aimerais un beau navire à deux coques, arrimées l’une à l’autre avec plein de cordes différentes, qui voguent, pour un temps au moins, dans la même direction, encaissent les mêmes tempêtes, profitent des mêmes accalmies.

C’est bien d’être capitaine, c’est bien de pouvoir saluer les copains.

Mais j’aimerais bien trouver mon capitaine, un jour — pas pour jeter l’ancre. Pour partir à l’abordage.

Publicités

3 réflexions sur “Moi la mer elle m’a prise un mardi

  1. C’est alors que j’était un peu paumée, un peu désarçonnée et que j’accumulais les soirs de fatigue, tu sais, quand t’as pas envie de contempler ta solitude dans le blanc des yeux, que t’en as marre de garder ouverts d’ailleurs, tellement rouges à force. Tu sais ? Et bien un de ces soirs j’ai découvert (un peu) plus de ton monde (que je connaissais déjà un peu sur Mad). Et je me suis surprise à te lire et te relire en entier. Tu me rassure un peu je crois. J’aime ta façon d’extérioriser tes pensées, et j’aime ta plume aussi. Mon dieu que je l’aime. T’es une personne attachante et charmante, ce genre de nana qu’on a besoin d’avoir autour de soi parce qu’elle nous rassure avant même de se rassurer elle même. Je crois que j’ai un crush.

    Je quitte quelque jours ma ville pour Paris dès mercredi, et je t’avoue que croiser mon crush serait vraiment chouette

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s