P r e s s i o n

Lourd. Chaud. Moite. Le vent tiède, pile à la température de ta peau, qui n’améliore rien. Derrière tes oreilles les petits cheveux qui collent à ton cou, désagréables, omniprésents. Au creux de tes reins une humidité, impolie invitée.

T’as envie de mordre dans l’air, de faire crever l’abcès. Tu regardes les nuages comme s’ils étaient les montagnes qui barraient ton horizon il y a quelques années, dans cet appartement du passé à la table en bois brut, au vin rouge, au cliquetis, au parquet ensoleillé.

T’es en colère contre les nuages, même si tu les embrasses. T’es frustration, t’es sur les nerfs.

Lourd. Chaud. Moite. Tu parcours le bitume, tes semelles en caoutchouc claquant sans écho, tant l’atmosphère est chargée d’eau. T’as l’impression qu’en inspirant tu te noies, t’es essoufflée, deux plaques rouges comme des néons sur tes pommettes. T’as l’énervement au creux de ton ventre, de tes reins, entre tes omoplates, t’as envie que ça cesse, envie que ça pète.

Pavé, goudron, terre battue, plaques de métal, le terrain de la rue change de profil et tes baskets s’en foutent, t’es toujours un peu prudente depuis ces quarante jours et quarante nuits, mais tu vas vite. Tu files. Tu t’en grilles une alors que tu détestes fumer en marchant, espérant faire redescendre la pression. Tu ne fais qu’alourdir l’air immobile.

Point d’arrivée, fenêtre doublement ouverte, recherche désespérée d’un souffle frais. Tu tournes comme ton chat dans la salle de bains. T’ouvres une bière aussi tiède que l’air que tu respires. Tu t’assieds. Tu penses qu’il y a quelques heures, quand t’étais aussi énervée, que t’avais aussi chaud, que t’étais en sueur et que sur tes joues se déployaient des circonvolutions écarlates, tu finissais par mordre l’oreiller, du soulagement plein les dents. Tu te dis que l’orage et l’orgasme, c’est pas si différent.

Tu goûtes ta bière. Dehors, une goutte sur la terre.

Ça craque. C’est bon.

Tu respires mieux.

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4 réflexions sur “P r e s s i o n

  1. Merci pour ces mots. J’ai eu l’impression que les émotions dans lesquelles je me noie quotidiennement ont fait surface avec fluidité pour une fois. Le temps arrange tout il paraît…
    Continue, surtout! Ton style est surprenant : rêche, fondé.

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