What she says : « I’m fine »

Ça va mieux.

Ça va mieux donc j’écris moins ici — l’éternelle valse des mots comme des bouées de sauvetage, comme des brassards gonflables, comme des bancs de sable. La marée a baissé, j’ai pied. Je sèche, même. Alors les mots d’ici s’en vont, retournent au boulot, dans mes SMS, dans les conversations feutrées au creux du cabinet de ma psy où il fait toujours un peu trop chaud.

Mais je veux vous écrire pour dire que ça va mieux.

Je ne pleure plus le soir, toute seule dans le noir. Je n’ai plus ces bouffées de panique — le cœur, la gorge, le ventre, les cuisses qui se nouent. Je n’oublie plus de manger, je ne m’enferme plus à corps perdu dans la moindre tactique faiblarde pour m’évader.

Ça va mieux.

Je tape ces mots avec délicatesse, presque avec prudence, comme s’ils étaient un animal farouche tapi sous mon radiateur, comme si le dire risquait de l’annuler. Mais je ne veux pas le murmurer, je veux le dire, le crier, le chanter, le rabâcher : ça va mieux.

Je veux dire : « ça va mieux ». Pour vous dire : « ça peut aller mieux ».

J’avais peur et froid, j’étais paumée. Je marchais en rond, sous la pluie nocturne, dans un quartier que j’avais peur de quitter. Un pâté de maisons, deux pâtés de maisons, quart de tour, je quadrillais. Je regardais la joie des autres comme on contemple les si petits passants depuis une fenêtre haut perchée. J’avais été eux, mais je ne savais plus comment faire.

J’avais peur et froid. J’avais mal et honte. J’en ai parlé à demi-mots à travers mes larmes, me tordant les mains, mes épaules secouées, rendue presque mutique par la honte de ne pas savoir l’expliquer. J’en ai parlé aux adultes et aux grands enfants, aux compagnons d’infortune, aux colocs du fort de couvertures, à vous. J’en ai parlé à une super dame payée 45€ de l’heure pour que je lui en parle. Je l’ai gémi entre mes mâchoires serrées tant il était dur pour moi d’oser répondre « non » à un « ça va pas ? ».

Ça allait pas.

Ça va. Mieux.

Non, pas mieux.

Ça va.

Je me suis épanchée et guérie de la seule façon que je connaisse, par la tendresse. Sauf qu’en plus de répandre des litres de bienveillance, j’en ai réclamé. J’ai exigé des câlins, des heures en tête à tête, des béquilles sur lesquelles m’appuyer. Viens, on va dîner. Viens, je dors chez toi. Viens, je cuisine. Viens, je dois parler. Viens, je sais plus parler mais je peux pas être seule.

Tout le monde a répondu à l’appel. Et j’ai envie de régler ma part du marché. Alors quand ça va, je le dis. Et comment j’ai fait pour aller mieux, je l’écris. Je ne l’écris pas ici, je l’écris sur mad, pour que plus de monde le lise. J’écris ce que j’aurais aimé lire. Un prêté pour un rendu.

J’ai été une boule de tendresse fragile, perpétuellement bousculée, ravagée par une tempête intérieure qui ne faisait que peu de rides à la surface. J’ai tiré sur la manche des gens pour qu’ils m’aident, même les gens cassés, même les gens pas doués, même les gens occupés. Qui ont tous essayé, ne serait-ce qu’un instant, d’apaiser mes tsunamis intérieurs. Qui ont réussi.

Je sais pas comment vous remercier — vous qui étiez là physiquement, au bout d’une ligne de métro ou de RER, vous qui m’avez aiguillée et écoutée, vous qui étiez là à me lire, à commenter, vous qui avez tout fait pour me consoler, même si « tout » n’était qu’un petit rien.

J’étais suspendue au milieu d’un pont en train de s’effondrer et vous avez tous amené votre petite longueur de corde pour que je regagne la rive. J’ai fini de frissonner, fini d’avoir peur en pensant à ce qui m’attendait en bas.

Ça ne compte pas puisque ça va.

Et si ça va c’est grâce à toi.

Publicités

7 réflexions sur “What she says : « I’m fine »

  1. Ça fait plaisir de savoir que tu vas mieux. On ne se connait pas « en vrai » comme diraient les vieux, en tout cas toi, tu ne me connais pas. Mais Mymy, ma petite Mymy, si tu savais à quel point j’aurais aimé pouvoir être là pour toi quand ça n’allait pas. J’ai eu aussi la chance, comme toi, d’avoir des gens qui m’ont aidé, que j’ai peut être un peu saoulé avec mes problèmes et mes angoisses. Mais aujourd’hui, je le dis aussi, en chœur avec toi : Ça va mieux. Ça va.

  2. Merci à toi.
    Merci de témoigner que ça peut aller. Mieux. Au moins un peu.
    Merci de rappeler qu’il ne faut pas hésiter à taper au carreau des copains, des colocs, des frangins.
    Merci beaucoup pour tes mots, qui piquent et font monter les larmes aux yeux mais qui font du bien parce qu’ils existent et qu’ils sont posés là, lisibles, qu’ils sont sortis de la tête de quelqu’un.
    Merci et bon courage. Pour tout. ♥

  3. Merci à toi ! Je lis et relis et rerelis tes notes de blog, parce que j’adore ton écriture, ce que tu dis, ce que tu vis et encore plus la manière dont tu racontes tout ça. Et souvent je repars de là avec des sentiments mêlés, une nostalgie voire un spleen qui correspond bien à ta prose, qui ressemble à de la poésie. Mais là, j’ai un sourire collé aux lèvres et un sentiment d’apaisement. J’espère que toi aussi, tu as ça. ❤

  4. Pingback: Moi la mer elle m’a prise un mardi | Rhum & Soda

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s