Vingt-trois heures six

Personne n’a d’insomnie à vingt-trois heures six, il est trop tôt, ça ne compte pas. Mais tourner dans son lit à vingt-trois heures six c’est aussi ennuyeux qu’à quatre heures douze. Et je dis « dans son lit » mais c’est pas pour de vrai, c’est pas le mien même s’il est bien, j’ai pas encore de clefs, de coffre peint en blanc à mon chevet, j’ai pas encore de foyer. 

À vingt-trois heures six le boulevard est encore animé, et je regarde les gens du haut de ce foyer qui n’est pas à moi. Il y a une femme dont les cheveux ondulent magnifiquement à chaque pas. Deux copains, ou deux frères, qui partagent une bière. Un vieux monsieur à bicyclette. 

Je pourrais en profiter, j’ai des choses à faire, mais je dois dormir malgré tout alors je traîne entre l’oreiller et ma fenêtre d’observation. Je cherche la petite maison sous l’eau pour m’y assoupir mais elle a changé d’adresse cette nuit, je le sais même s’il n’est que vingt-trois heures six. Sept. Huit.

Je vais compter les tortues dans l’océan de ma tête plutôt que les moutons. Les journées sont longues et les nuits s’étirent comme un chat mal luné. 

Il est vingt-trois heures dix. 

Publicités

2 réflexions sur “Vingt-trois heures six

  1. j’aime beaucoup ce que tu as écrit, et (si je ne me trompe pas), c’est bien toi qui t’endors ‘dans l’océan’ ? (j’avais écouté une eMymysion sur le sommeil ☺️💤)

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s