I’ll roll like the ocean if you blow like the wind

Aujourd’hui mon t-shirt est un peu vaste, assez pour flotter autour de ma taille quand la brise tiède se lève. Aujourd’hui mon short tombe bas sur mes hanches, me donne l’air négligé avec ses bords râpés, et l’ourlet de ma culotte Wonder Woman fait coucou sous mon nombril. Aujourd’hui entre mes cuisses et le vieux jean délavé on pourrait passer une main sans souci, et d’ailleurs ça frotte presque pas à l’entrejambe, j’ai de la place pour respirer.

« Bon, ok Mymy, tu portes des vêtements trop grands, peut-on passer au sujet du jour ? »

C’est ça le truc ma gueule : je porte les mêmes vêtements que d’habitude, mais j’ai fondu. Comme la marée baisse, les kilos pris avec l’implant contraceptif se font la malle depuis son retrait en septembre, et ça commence à se voir. Je commence à le voir, à le vivre. J’oscille quelque part autour du 40, et parfois quand je me tiens debout j’ai le ventre plat et les hanches qui pointent, les cuisses presque fuselées, les mollets quasi sveltes. Ça faisait longtemps.

J’ai pris pas mal d’un coup il y a quelques années et puis je me suis détestée. J’ai fait une grosse connerie comme plein de gens, j’ai fait un régime à la con, et j’ai perdu bien sûr, au prix de trois mois au steak haché nul à 5% de matière grasse, à l’eau plate bien froide, aux légumes à rien. Juste après, je te dis pas, j’étais gaulée.

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Sur cette photo je porte un short de ma petite sœur, le truc impossible tellement on a pas la même morphologie, et je me souviens avoir arrêté un peu de respirer pour le boucler mais m’être sentie si bien. Si mince et légère. J’avais l’impression de pouvoir faire le tour de ma taille à deux mains, de pouvoir être délicate et mignonne, au lieu d’être pataude, grasse, engoncée dans des vêtements qui ne m’allaient plus.

Et puis j’ai repris, et ça allait mieux. Ça allait mieux parce que j’étais bien dans ma vie, dans mes pompes, dans mon slip, dans mon taf et dans mon quotidien. Ça allait mieux parce que là où j’étais, plus personne ne me disait « T’as forci un peu, non ? » ou « Attention, bientôt l’été ». Ça allait mieux parce qu’on me disait que j’étais belle et que mon booty envoyait le monde entier au tapis, parce qu’un mec bien mieux gaulé que moi aimait pétrir mes cuisses et s’endormir sur mon ventre. Ça allait mieux parce que j’ai arrêté de vivre dans le déni et le dégoût, que j’ai acheté des fringues à ma taille (en pestant sur les lignes qui s’arrêtent au 42), dégoté des soutifs qui ne me donnaient pas envie d’une réduction mammaire et fait le plein de culottes en coton à l’effigie de Buzz l’Éclair ou des Tortues Ninja.

Les mêmes culottes qui glissent un peu sur mes hanches maintenant.

Et tellement je suis dans un monde cool, quand j’ai perdu, le premier réflexe des gens n’a pas été de me féliciter. Ça se fait beaucoup, vous savez, et ce n’est pas pour penser à mal, mais parfois les gens fondent parce que ça ne va pas, ou alors n’aiment pas trop perdre du poids, ou ne contrôlent pas leurs oscillations. C’est pas toujours top de partir du principe que c’est une bonne chose. Du coup j’ai plutôt eu des « Eh, dis, t’as pas un peu perdu ? Et tu kiffes ? » — d’abord s’assurer que ça convient à la personne avant de s’enthousiasmer, quoi.

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Ça va je kiffe.

En soi, perdre du poids ça me va. Ça rend ma vie plus simple pour acheter des fringues, me balader ou monter des escaliers. Ça rend le regard des autres sur moi plus tendre et ça me rapproche des canons de beauté. Il reste les petites montées de stress parce que je sais que je ne suis pas mince. Le moment où je me suis déshabillée devant un garçon vachement plus svelte que moi auquel j’avais vachement envie de plaire et où j’ai eu une demi-seconde de pression, parce que la cellulite et les vergetures et je suis assise alors y a un bourrelet pas top et mes cuisses se touchent. Mais c’est passé vite. Ça passe de plus en plus vite.

J’ai perdu du poids et je peux remettre de vieux t-shirts qui ne m’allaient plus, voir des gens qui ont envie de me faire des bisous dans le cou, être en maillot sans attraper mon paréo dès que je sors de l’eau, porter des shorts encore plus courts que la plus courte de tes punchlines. Mais ce qui me fait vraiment kiffer, c’est que tout ça (à part les vieux t-shirts) je pouvais déjà le faire y a six mois, quand j’avais au bas mot dix kilos de plus.

Ça, ça me met en joie plus que toutes les jupes en taille 38 du monde.

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5 réflexions sur “I’ll roll like the ocean if you blow like the wind

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