I’m gonna pick up the pieces and build a Lego house

Il y a maintenant vingt jours (mais non je compte pas au jour le jour hahaha) (si), j’ai décidé de me bouger un peu le boule, de sortir de mon rythme canapé/séries/dodo. Une amie qui passait la nuit chez moi allait boire des coups avec des potes, m’a proposé de venir. Un peu fatiguée mais week-end de trois jours, la nuit est jeune, la péniche qui faisait office de bar est à environ douze minutes à pieds de chez moi, eh, faut faire un peu des efforts, non ? Qu’est-ce qui pourrait bien m’arriver de mal ?

J’ai décidé d’aller danser, j’ai glissé, je me suis pété la cheville. Mais genre bien pété, avec opération chirurgicale et broches en métal et plâtre pour six semaines. VOILÀ.

La dernière fois que j’ai été à l’hôpital, j’avais dix ans, donc j’ai pas exactement l’habitude. Se réveiller d’un demi-sommeil dans une chambre médicale, c’est pas terrible. Ça faisait longtemps que j’avais pas autant pleuré, à cause d’un peu de tout : la douleur bien sûr, la peur, l’environnement inconnu, la fatigue, le côté juste débile, tellement insensé de tout ça, où tu repasses l’action en boucle dans ta tête en réfléchissant à tous les minuscules trucs que t’aurais pu faire pour être dans ton lit en train de roupiller et pas dans la chambre 513. J’ai chialé comme un bébé, je me suis calmée, j’ai dormi, j’ai re-chialé (pas grand-chose, une petite heure) pour la forme, et puis je me suis dit que j’en avais marre.

Déjà parce que j’ai de la chance. Je vis en France, je me suis blessée gravement, j’ai pu être transportée direct à l’hôpital, y passer trois jours, sans me demander ce que ça allait représenter pour mes finances. J’ai des amis, j’ai ma soeur, j’ai beaucoup dormi mais le reste du temps j’étais pas seule. Les gens de l’hôpital ont tous été adorables. Et puis j’ai appris y a longtemps à me foutre de ce à quoi je ressemble, à ne pas m’inquiéter si des gens me voient à demi cul nu en train de claudiquer sur un déambulateur (eh ouais) pour aller faire pipi. Je m’en fous. Et je me dis que j’aurais eu du mal si ça avait été important pour moi. J’ai aussi des collègues merveilleuses qui ont pris le relais même si le timing était pourri, qui n’ont fait que m’encourager à me reposer, à prendre soin de moi, à ne pas m’inquiéter.

Je me suis forcée à relativiser. Ça fait mal, ça fait peur. C’est chiant. Ça tombe au pire moment, quand le patron est en vacances et que j’avais promis de gérer, quand j’avais plein de trucs nouveaux et importants à faire, qui me faisaient un peu peur mais que j’avais hâte d’essayer. Ça tombe à un mois et demi de mon déménagement à Paris, ça fout en l’air mes projets dans un futur proche, mais cet été je serai quoiqu’il arrive à la capitale, et probablement que je boiterai mais on s’en fout, y a le métro. Y aura les amis. Les collègues. Les gens. Tous mes proches de Paris me manquent, pas parce que ça fait SI LONGTEMPS que je les ai pas vus, mais parce que j’aurais dû les avoir revus au moins genre… pendant une semaine depuis !

C’est relou. Mais il y a pire.

Depuis des années, depuis toute petite, je sais que je n’ai pas d’équilibre. J’ai même pas un problème d’oreille interne ou quoi, je peux rester debout sur un pied sans souci et tout, j’ai juste un gros problème avec le fait d’être sur un truc pas stable. Tous les sports de type « on te fout sur un truc qui roule » : c’est mort. Même pas parce que je suis pas sportive, parce que ça me TERRIFIE. Tomber me fait flipper, et parce que je flippe, je tombe toujours super mal (la preuve : je me suis croûtée d’une marche d’environ 4 cm de haut et JE ME SUIS PÉTÉ LA CHEVILLE EN DEUX ENDROITS). Puisque je sais que je tombe mal, j’ai peur de tomber. Puisque j’ai peur de tomber, je tombe mal. Ma vie mon oeuvre.

Du coup, puisque je sais ça, c’est limite si un de mes buts dans la vie n’était pas de surtout, surtout, ne JAMAIS me flinguer un truc qui me fasse finir en béquilles. C’est pas stable, des béquilles. T’es sur un pied. Tu ne peux sous aucun prétexte t’appuyer sur l’autre. Tu dois faire à la force des bras et les miens sont en yaourts. Et si tu tombes, banco la caravane, tu risques de te re-casser le truc DÉJÀ cassé qui t’a foutu en béquilles à la base.

Je suis en béquilles.

J’assure pas. Clairement, on dirait une foutue poule sur des échasses. Je m’épuise en quelques dizaines de mètres, même pas. Je sue. Je vais à deux à l’heure. Je repère tout autour de moi où est-ce que je pourrai éventuellement faire une pause, idéalement m’assoir. J’ai dérapé une fois et j’ai posé mon mauvais pied, celui dans le plâtre, j’ai pas vu trente-six mille chandelles mais j’ai insulté trente-six mille fois la race du truc qui m’avait fait glisser. Devant le moindre rebord faisant plus de deux centimètres de haut, j’ai envie de pleurer tellement je ne sais pas comment l’aborder, alors que je SAIS comment négocier les marches, on me l’a APPRIS à l’hôpital, mais on me l’a appris avec une rampe, et sur un trottoir y a PAS de rampe, et quand bien même y en aurait une, imagine ma main glisse (rapport que je sue) (suis un peu s’il te plaît), imagine la rampe elle lâche, imagine je tiens pas bien, et là c’est pas stable, et pas stable c’est pas bon, imagine je tombe, je me re-fais mal, je repars pour des semaines, c’est pas possible, j’te le dis, je peux pas franchir ce foutu trottoir même si je SAIS que c’est le trottoir-abaissé-pour-les-fauteuils, je suis pas en fauteuil, le fauteuil t’es assise y a moins de risques, je suis en béquilles et je sais pas comment faire, alors que c’est. Un. Trottoir.

La semaine dernière, je suis sortie de chez moi pour la première fois depuis que j’y ai remis le pied (l’autre est dans le plâtre), parce que besoin de prendre l’air, besoin de voir comment je peux évoluer, et grosse envie de voir Mad Max Fury Road. Bah j’ai pas regretté le film, mais bordel, je peux RIEN faire. Je peux PAS évoluer.

Soraya ma gow sûre m’a emmenée en voiture. Parking le plus proche de la sortie pour le cinéma. Sortie à environ 3 minutes à pieds (DEUX pieds) du cinéma. Quasiment une heure d’avance et places réservées sur Internet. On a failli rater le début parce que j’ai fait huit pauses. Ensuite je me suis assise, même pas à mi-chemin. Ensuite Soraya a réservé un fauteuil roulant pour moi, a été le chercher, l’a monté à l’étage cinéma du centre commercial, m’a poussée, a retiré les billets, m’a aidée à descendre LA marche (au singulier) menant à mon siège (c’est là où je me suis à demi croûtée).

Pour le retour ? Trop tard. Pas de fauteuil. Et il pleuvait. Ma vie est une fête. Oh et quand Soraya m’a finalement re-déposée devant chez moi je pensais pouvoir rentrer seule mais non, haha, y a deux portes, vous savez, et si on met trop de temps à ouvrir la deuxième ça marche plus et faut repasser les clefs mais le temps de se retourner en béquilles c’est forcément mort, et je pourrais le faire genre de trois-quarts profil en essayant de repasser le badge tout en ouvrant la porte mais ET SI JE RETOMBAIS ? Heureusement qu’on va souvent à l’épicerie d’en bas, celle ouverte le 1er mai et le samedi à 2h du matin, et que le proprio fumait une clope et m’a vue galérer et m’a aidée. Parce que je peux même pas vraiment rentrer dans mon immeuble toute seule.

Le verdict me semble clair : je ne peux rien faire. Pas grand-chose. Demain matin je vais faire un check-up à l’hôpital et Berthouz m’accompagne parce que c’est un vrai ami, un de ceux qui sont chez toi à 10h15 alors que ton rendez-vous est à 11h et l’hôpital à un arrêt de tram de chez toi, mais vous comprenez, imaginez y a un trottoir ou quoi, je peux pas. Je peux pas y aller seule.

Et ça fait chier, ça me plombe, et j’ai plus trop d’appétit, souvent, et souvent je m’endors à 4h du matin parce que j’arrête pas de penser au moment où ce sera fini, ou alors de refaire la scène sans que je me pète la cheville ou de m’inquiéter en me demandant comment je vais prévoir le taf et le déménagement et en pensant à tous les trucs que je rate. Mais c’est pas grave. C’est pas grave parce que je me suis juste pété la cheville, que j’ai des proches, qu’il y a la Sécu, que j’ai l’Internet, que dans six mois j’en rigolerai, que j’en rigole déjà pas mal.

J’ai appris des trucs sur moi. Déjà que je ne mourrai pas en béquilles. Je suis pas DOUÉE, mais je peux le faire. J’ai appris tellement de trucs sur ma résistance à la douleur. Je grimace devant une prise de sang et j’en ai eu environ douze en trois jours, je déteste les piqûres et j’ai consciemment choisi de me faire injecter dans la colonne vertébrale pour l’anesthésie, au lieu de passer par le cathéter, parce que les gentils docteurs m’ont dit que ça adoucirait le lendemain de l’opération. Ils m’ont fait glisser sur une table d’opération avec ma cheville qui était un foutu roulement à billes et zéro anti douleurs puisqu’il faut être à jeun, puis il a fallu que je me redresse pour me faire enfoncer une aiguille dans les vertèbres et j’ai couiné, et j’ai un peu sangloté, mais je l’ai fait. Je pensais pas pouvoir choisir soixante-neuf secondes de douleur plutôt que la solution de facilité, en pensant au long terme, mais je l’ai fait. Je hais toujours les aiguilles mais tous les jours à dix-sept heures je m’en enfile une dans la cuisse droite pour éviter que mon sang ne fasse de sympathiques caillots, et ok elle est petite mais j’aime pas mais je le fais parce que je préfère ça que faire venir une infirmière vu que quoiqu’il arrive, y a quand même un moment où une foutue aiguille viendra se planter dans ma cuisse donc autant décider de quand.

Je suis pas une super-héroïne mais physiquement, et un peu psychologiquement aussi, je suis un peu moins faible que je ne le pensais. Et ça c’est pas mal j’ai envie de dire. Même si je me suis juste cassé la cheville.

J’espère juste que demain à l’hôpital on me dira que tout se passe bien, tout se ressoude sans souci. Et que dans un mois environ, je boitillerai jusqu’à Paris avec mes cliques, mes claques et peut-être une béquille ou deux sur mon dos, pour me crasher là le temps de trouver un appart et enfin démarrer cette nouvelle vie qui devait partir sur les chapeaux de roue mais commencera finalement prudemment, et pas trop trop vite. À mon rythme, quoi.

Et puis bon, on dit qu’on reconnaît les vrai•e•s ami•e•s quand ça va mal et tout ça, bah j’en ai des très très bien. C’est la meilleure certitude à tirer de tout ça. Allez… plus que trente jours à positiver ! Avant le kiné.

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3 réflexions sur “I’m gonna pick up the pieces and build a Lego house

  1. ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤ ❤

  2. Ha Mimi, je me sentais un peu naze et un peu pudique avec mon blog de ci et de ça de ma vie banale, mais j’en suis au café du matin et je découvre ton blog, ça fait plaisir de voir des gens écrire encore, comme ça. Bref c’est officiel ton blog est intégré à mes plaisirs matin. Bravo et merci.

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