Long time no see

Salut vous. Ça fait longtemps, hein ?

Il m’est arrivé un drôle de truc tout à l’heure. Je sortais de la gare. Je marchais vers l’arrêt de tram. Dans l’air, encore doux, il y avait, pour la première fois, un vrai arrière-goût d’hiver. Les passant-e-s sont toujours en t-shirts, les athlètes du dimanche font du sport en short dans le stade en bas de chez moi, mais dans le fond de l’air, il y a cette odeur de froid et de neige qui me rassure si fort.

Quand je suis partie, le premier avril, comme une blague, il y a deux ans et demi, le fond de l’air sentait déjà l’été, le soleil qui se couche à vingt-deux heures et les longues heures de paresse. Je préfère l’hiver.

Le fond de l’air sentait l’hiver, et il m’est arrivé un drôle de truc : j’ai eu envie de poster sur mon blog.

J’ai laissé cette envie dans un coin de ma tête. Je ne voulais pas m’appesantir dessus. C’est comme chercher un nom ou un souvenir de façon obsédante — on ne le trouve que quand on arrête d’y penser. Comme titiller une dent qui bouge jusqu’à la faire tomber. Je ne voulais pas bousculer cette envie fragile. Je l’ai laissée tranquille.

Et voilà.

Il s’en est passé, des choses, vous savez. Depuis que je suis partie. Déjà, je suis revenue. Je suis posée sur le même canapé qui accueillait mes fesses quand j’ai reçu le coup de fil me disant que j’allais prendre la meilleure décision de ma vie et traverser la France pour changer de quotidien. Pour changer de tout, en réalité.

Je me souviens d’avant. Du grand appartement rue Nungesser et Coli, avec ses fenêtres moisies et ses doux souvenirs. De la mini-maison à un étage rue Montplaisir avec sa trappe et son échelle de meunier. De mon petit studio à mezzanine de Grenoble, ou j’ai heureusement très peu vécu.

Je me souviens des jours, des cours, des mots, des activités. J’ai du mal à me souvenir de la personne que j’étais.

Bien sûr, j’étais moi. Mais j’ai tellement changé, si vous saviez ! J’ai appris tellement de choses. Découvert tellement de choses. Compris tellement de choses.

C’est bizarre, la vie active. C’est le moment où « Je pense que je suis capable de faire ça » se transforme en « Ok, alors fais-le ». Le grand saut. La révélation. Le risque. Et si je n’en étais pas capable ? Et si je me voilais la face ? Et s’il était plus prudent d’user le fond de mes jeans sur les inconfortables bancs de cette université grisâtre et rouillée ?

Finalement, j’étais capable. Et pas une seconde je n’ai regretté. Je me lancerais bien dans des remerciements, mais c’est pas les Oscars, vous en conviendrez, et ce serait trop long de toute façon. Et puis je crois que les intéressé-e-s savent déjà tout.

J’ai été plus heureuse ces deux dernières années que tout le reste de ma vie. Je crois qu’en vingt mois, j’ai dû pleurer trois fois. Dont une parce que j’avais pas fumé depuis trente-six heures et que la nicotine est une grognasse.

Par contre, j’en ai eu, des fous rires. Avec des larmes. Mais ça ne compte pas.

Du coup, je crois que je vous écris pour vous dire que je vais bien. Je vais mieux que bien. Depuis quelques semaines, chaque lundi, je note mon taux de bonheur sur 10. Je suis jamais descendue en-dessous de 8. Et je crois que depuis avril 2012, j’ai jamais fait moins que 7.

J’ai appris un truc, et même si c’est con, je vais vous le dire, ça va, on est intimes. Même si je vais avoir l’air bête.

En vrai, le bonheur, c’est bien.

Non, arrêtez de vous marrer, là, revenez. Bande de mal élevé-e-s.

Je savais pas, moi, que le bonheur, c’était bien. Ce bonheur-là fait des petites choses du quotidien. Je pensais que c’était pour les nuls, ou pire : pour les grandes personnes. Je pensais que le bonheur, c’était tout ou rien, que c’était brûlant comme une fusée de détresse, flamboyant comme des stroboscopes.

Mais le bonheur est calme. Il est tranquille. Il ne stresse pas pour rien, il ne panique pas à la moindre anicroche. Le bonheur, c’est une durée. C’est le sac du samedi midi débordant des légumes du marché, d’un sachet de girolles parce que c’est le début du mois. C’est le ronron d’un chat con. C’est une pause déjeuner pleine d’éclats de rire et de course au micro-ondes. C’est le mail qui dit « merci pour ce que vous faites ». C’est la petite soeur qui m’entraîne danser sur un tube pop alors qu’on est en slip dans le salon et qu’il fait 38 degrés. C’est les longueurs paresseuses à la piscine, émaillées de fous rires et de potins. C’est avoir, chaque lundi, quelqu’un qui demande : au fait, toi, ça va ? Es-tu heureuse ? C’est le coup de fil de ma mère qui voulait juste papoter cinq minutes. C’est les pintes entre potes et les discussions sans fin sur Harry Potter ou Andy Dwyer.

C’est l’odeur de l’hiver dans le fond de l’air.

Je sais que ça fait longtemps que je ne suis pas venue ici. Que ce blog, comme mille autres blogs, a été laissé à l’abandon (et c’est con, parce que moi, j’aime bien les blogs). Que mon beau projet de rendez-vous régulier a fini le bec dans l’eau.

Mais pendant tout ce temps, j’ai été heureuse. Et je le suis encore. Du coup, ça va, vous m’en voulez pas, dites ?

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6 réflexions sur “Long time no see

  1. Moi je ne connais pas ton blog alors je m’en fout carrément que t’aies rien posté pendant des lustres. Je n’ai lu que cet article. Et je suis heureux pour toi. Je suis même presque plus heureux pour moi depuis que je l’ai lu. Chelou.

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