[BOOK] Au pays des choses dernières

Paul Auster se classe dans mon top 10 des auteurs, et dans la liste de ceux dont je compte bien acquérir tous les livres un jour, côte à côte avec Chuck Pahlaniuk et Stephen King. J’en ai déjà une jolie collection, mais mon préféré reste le bouquin avec lequel j’ai découvert Paul Auster, prêté par Charlie H. il y a des années : Le voyage d’Anna Blume (titre original : In the country of last things, ce qui est quand même plus classe).

Anna Blume est partie dans une ville anonyme à la recherche de son frère William, un journaliste envoyé en reportage et porté disparu. Mais la cité, prise au coeur d’une guerre inconnue, ferme toutes ses frontières et Anna est forcée d’y rester, sans pouvoir retrouver William, avec comme seul indice la photo de l’autre reporter envoyé pour lui succéder, Samuel Farr. Dans les rues, la pauvreté intense et le chaos politique conduisentt les habitants au bord de la folie, entre « charognards » fouillant les morts et clubs de suicidaires espérant s’épuiser jusqu’à littéralement s’envoler de leurs propres corps. C’est dans ce chaos permanent qu’évolue Anna, survivant à chaque journée sans rien attendre de la suivante, errant de rencontre en rencontre sans espoir de retour.

L’oeuvre est un roman épistolaire composé d’une longue lettre écrite par Anna dans un cahier, au cours de son périple, et adressée à son amant resté au pays. Cependant, on ne saura jamais si celui qui partage avec nous ces lignes est le bon destinataire ; la seule certitude est que, d’une façon ou d’une autre, le cahier d’Anna a fini par arriver entre les mains de quelqu’un, peut-être au sein de la ville, peut-être un étranger, peut-être son compagnon.

Difficile de ne pas faire de lien avec la Shoah en lisant ce récit d’une femme juive tentant de survivre dans un monde en guerre, marqué par la famine, les maladies et la mort. Dans les rues de la ville, les cadavres sont rapidement dépouillés, le moindre déchet est récupéré, transformé, exploité, les restes de nourriture se font rares et leur découverte est miraculeuse. Harnachée à son caddie de supermarché, Anna parcourt les entrailles de la cité en quête de quelque chose, n’importe quoi, dont elle pourrait tirer quelques glots pour acheter de quoi survivre jusqu’au lendemain. Ses rencontres hasardeuses lui permettront d’échapper peu à peu à ce mode de subsistance « au jour le jour » : une vieille femme qui la prendra sous son aile, un rabbin et un écrivain qui l’accueilleront, jusqu’à la providentielle résidence Woburn qui lui permettra d’échapper à la mort.

Mais au-delà de cet écho diffus des « temps les plus sombres de notre histoire », Le voyage d’Anna Blume est un avant tout un parcours onirique dans une ville mourante, dont les principaux organes – le gouvernement, la culture, la religion – s’éteignent tour à tour, victimes de la corruption humaine comme le sont toutes ces ombres qu’Anna croise dans les rues. Les hommes sont à la fois martyrs et coupables de cette inextricable situation, et le voyage de l’héroïne la conduira toujours à rechercher, à chérir et à protéger les derniers liens humains, les dernières émotions, la dernière chaleur sociale qui puisse faire office de fragile espoir, dans cette ville où plus aucun enfant ne naît, où des groupes entiers d’habitants s’entraînent mutuellement à se suicider, où viols, meurtres, vols et corruption sont devenus de banals éléments du quotidien.

Le voyage d’Anna Blume est le récit d’un monde à l’agonie, clos, d’un départ sans retour possible et des différentes façons dont les humains tentent de gérer la folie d’un chaos sans repères. Mais c’est aussi un conte d’espoir, d’amour, des différentes vies dans une vie qui peuvent faire croire à une lumière au bout du tunnel.

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