[FILM] Blogging is not writing. It’s graffiti with punctuation.

J’aime bien les films apocalyptiques ou post-apocalyptiques, et j’aime encore plus ça quand la cause du chaos est minuscule et s’étend de façon exponentielle. J’aime les relations entre humains quand l’ordre établi s’effondre, j’aime les films (ou les livres) qui montrent à quel point notre société si évoluée et bien rangée peut basculer au moindre frisson, révélant la face cachée de l’Homme quand on touche à sa survie ou à celle de ceux qu’il aime. Donc j’ai beaucoup aimé Contagion.

Beth Emhoff (Gwyneth Paltrow), de retour d’un voyage d’affaires à Hong Kong, apporte avec elle sur le territoire américain le germe d’une maladie inconnue, fatale et extrêmement contagieuse. Face à plusieurs foyers d’infection à travers le monde, Ellis Cheever (Lawrence Fishburne), du Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, et le Dr Leonora Orantes (Marion Cotillard) tentent de remonter jusqu’à la source de la pandémie et de développer un vaccin, tandis que le Dr Mears (Kate Winslet) essaye d’isoler les populations touchées aux U.S.A. et de limiter la transmission de la maladie. Le virulent blogueur Alan Krumwiede (Jude Law) trouve dans cette catastrophe l’occasion d’accéder à la notoriété et développe sur son site une théorie du complot à grande échelle entre laboratoires pharmaceutiques, Organisation Mondiale de la Santé et gouvernement fédéral. Mitch Emhoff (Matt Damon), le mari de Beth, considérée comme un des potentiels « patients zéros », tente de protéger sa fille de l’épidémie et voit le monde qui l’entoure sombrer peu à peu dans la panique et le chaos.

Première chose qui m’a plu : Soderbergh, malgré son casting de luxe, n’hésite pas à rendre certains de ses personnages franchement antipathiques. Si Kate Winslet et Lawrence Fishburne se battent corps et âme pour la bonne cause, Marion Cotillard est une scientifique froide et désintéressée, Jude Law un fauteur de troubles qui fait passer son ego avant le bien commun et Gwyneth Paltrow une petite polissonne qui, non contente de ramener un virus mortel aux U.S.A., trompe son mari en plus.

Le propos de Contagion est l’effondrement ultra-rapide d’une société, voire d’un monde tout entier, lorsqu’une maladie inconnue et mortelle apparaît, mais aussi la réticence dont certains font preuve lorsqu’il s’agit de se mouiller pour protéger les autres. Échaudé par le coût des campagnes démesurées contre certaines épidémies a priori tout aussi dangereuses (grippe porcine, grippe aviaire…), le gouvernement rechigne à relancer une prévention à grande échelle, surtout en période de Thanksgiving, très lucrative au niveau commercial et touristique. Le blogueur Alan Krumwiede, lui, diffuse la rumeur d’un remède homéopathique contre la maladie, l’essence de forsythia, amenant la population inquiète à piller les pharmacies pour s’en procurer. Les infirmiers, ne pouvant réellement guérir les malades et craignant d’être contaminés, se mettent en grève, abandonnant les personnes infectées mises en quarantaine dans un gymnase.

Par son propos, Contagion m’a rappelé l’excellent Blindness, dans lequel une épidémie inexpliquée de cécité créait un chaos sans précédent. Mais là où Blindness se concentrait sur une héroïne, interprétée par Julianne Moore, et ses proches, Soderbergh préfère une structure éclatée qui s’attache à la fois au « petit peuple », à travers Alan et surtout Mitch, tentant de se protéger de l’épidémie, et aux « décideurs » à travers les chercheurs et l’armée. On voit donc les répercussions directes des décisions prises en haut lieu, qui échouent rapidement à endiguer la panique, les dirigeants étant forcés de mettre des villes entières en quarantaine, d’abandonner les malades et d’organiser des distributions de rations de survie.

Je vais essayer de ne pas spoiler, mais j’étais contente que Contagion prenne le parti pris du « personne n’est à l’abri ». Ce n’est pas parce qu’on a une bonne position sociale ou de grandes connaissances médicales qu’on ne peut pas être infecté en étant au contact d’un bouton d’ascenseur, d’une poignée de porte ou d’un siège d’autobus préalablement utilisé par une personne malade. Le film explore aussi la « double pensée » de ces dirigeants qui exhortent le peuple à traiter chacun de façon égalitaire et à ne pas penser d’abord à soi-même, mais qui ne peuvent s’empêcher de protéger leurs proches puisqu’ils sont au courant des évènements à venir avant que la population n’en soit informée. Il y a une scène intéressante où Alan accuse Cheever, du C.D.C., d’avoir exhorté sa femme à quitter Chicago car il savait que la ville serait bientôt bloquée et que l’infection s’y répandait rapidement. Alan qui, lui, refuse d’aider qui que ce soit de façon directe, y compris sa meilleure amie enceinte et malade qui lui réclame de l’essence de forsythia. Qui est le meilleur des deux, dans ce cas? Doit-on, au nom de l’égalité, s’empêcher de protéger ceux qu’on aime dans une situation d’urgence? Et quid de Mitch Emhoff, qui prive quasiment sa fille adolescente de vie sociale pour éviter tout risque?

SPOILER ALERT : Ce paragraphe va traiter de la fin du film.

Ça faisait longtemps qu’un film ne m’avait pas happée et fascinée autant que Contagion. Le réalisme de l’ensemble, la justesse des réactions et le lien direct avec des évènements réels assez récents (H1N1 par exemple) montre que ce qui arrive pourrait être ici, maintenant, demain ou dans un mois.

Ce que j’ai un peu moins aimé, c’est la happy end. Une scientifique prend le risque de s’injecter un vaccin qui a fonctionné sur un singe, prouvant ainsi qu’il est efficace sur l’humain, et une distribution à grande échelle est lancée ; la souche du virus rejoint variole et H1N1 dans les rangs des laboratoires et la reconstruction débute. On apprend, à la toute fin, comment l’épidémie a commencé : une chauve-souris a transmis une maladie à un cochon à Hong Kong, sur lequel le virus a muté et s’est communiqué au boucher, lequel a fini par serrer la main de Gwyneth Paltrow. La boucle est bouclée, et ceux qui ont survécu peuvent se remettre à vivre. Jusqu’à l’ultime instant, je m’attendais à un souci, même suggéré. J’aurais aimé que la scientifique qui a testé le vaccin fasse un malaise, qu’on voie tousser une personne vaccinée, bref, que tout ne soit pas bien qui finit bien. C’est mon côté rageuse, je n’aime pas les fins heureuses.

J’ai aussi été assez gênée par un élément qui m’a semblé incohérent, même si je n’y connais rien en médecine, procédures d’urgence, etc. Mitch Emhoff a été au contact de sa femme malade pendant deux jours, et il n’est pas contaminé : il semble naturellement immunisé, comme ce gamin dans 28 semaines plus tard. Il protège sa fille car elle pourrait ne pas être imperméable au virus, mais lui-même se balade sans masque, frais comme un gardon, quand tous les autres tombent comme des mouches. Au début, lorsque la pandémie n’a pas une aussi grande ampleur, le Dr Mears lui explique qu’établir un sérum à partir de son sang serait trop compliqué et coûteux, bon ; mais quand tout le monde est en panique, essayant de trouver un vaccin sans y parvenir pendant que le virus mute et devient de plus en plus contagieux, il n’y a personne pour se rappeler qu’un gars immunisé vit tranquillement sa vie à Minneapolis, et qu’il pourrait être sacrément précieux? Come on.

Mais bon. Globalement, très bon film, qui pose selon moi les bonnes questions sur le thème éternel du chaos, de la panique et de la maladie, avec un casting aux petits oignons et une musique absolument formidable (j’avais oublié d’en parler alors je la mentionne ici). Réalisation impeccable, rythme nickel, beaucoup mieux que ce à quoi je m’attendais en fait. Well done Steven!

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