[BOOK] On s’aperçoit un jour qu’on se délecte du spectacle de la souffrance.

Si vous avez été traîner des pieds dans le CDI de votre collège ou de votre lycée, il y a de bonnes chances pour que vous soyez un jour tombé sur un mince bouquin noir à la couverture graphique et au titre évocateur : Mauvais sangs, de Sarah Cohen-Scali.

La littérature jeunesse est un secteur à part, un peu bâtard. Dans un CDI, on trouvera quelques classiques (parfois dans une honteuse version simplifiée ou raccourcie), des BD « de 7 à 77 ans », des magazines du genre Phosphore, Vocable! et consorts, et une tonne de littérature « jeunesse » visant à éduquer en douceur les préadolescents. C’est dans mon CDI que j’ai découvert les camps de concentration, la leucémie (big up pour Oh, boy! de Marie-Aude Murail, récemment mis à l’honneur sur Madmoizelle), l’obésité, et même la transexualité à travers l’excellent La face cachée de Luna. Quand on en parle entre personnes d’une même génération, on se rend compte qu’on a tous dévoré les mêmes livres, les mêmes auteurs : la fratrie Murail, Malika Ferdjoukh et ses Quatre soeurs, Le Passeur de Loïs Lowry, Le passage de Louis Sachar. Pour ma meilleure amie et moi, ça a été aussi Mauvais sangs, que j’ai dû lire environ une centaine de fois. Il y a quelques années, nous essayions sans succès de retrouver le titre, l’auteur, ou une bribe sérieuse d’histoire qui nous permettrait de le retrouver, en vain. Il a fallu des mois à Ju’ pour trouver la réponse, sur un forum consacré à la littérature jeunesse, et pouvoir mettre la main sur ce livre qui nous restait en mémoire, le commander, et enfin me le prêter.

Mauvais sangs est une collection de 6 nouvelles étiquetées « policières » mais que je considère davantage comme des thrillers, puisqu’il n’y a ni enquête, ni flics, seulement des coupables et des victimes. Le bouquin fait 100 pages, est écrit gros, et je l’ai lu en une demi-heure de train. La langue est extrêmement simple, les intrigues un peu moins : il faut toujours attendre le twist final pour savoir ce qui arrive, même si les révélations qui me tenaient en haleine il y a sept ans me font un peu sourire maintenant que je suis une grande fille qui a vu LOST, Usual Suspects et lu Agatha Christie.

Mauvais sangs fait entrer le jeune lecteur dans des histoires noires, qui se finissent forcément mal. On touche à la vengeance, à la jalousie, à la folie, au racisme, à la haine. Les apparences sont chaque fois trompeuses, même si l’adulte pourrait sourire devant certaines facilités prises par l’auteur qui cassent malheureusement le réalisme de l’intrigue. Les histoires de Sarah Cohen-Scali, approfondies, réécrites, feraient de bons petits thrillers « pour les grands », voire d’honnêtes courts-métrages. Alors pourquoi une langue si simpliste, des dénouements où on enfonce parfois un peu trop fort le clou? Pour que la « jeunesse » qui lit la « littérature jeunesse » comprenne? Je n’ai pas souvenir d’une telle facilité chez Marie-Aude Murail ou dans Le Passeur, parce qu’il n’y en a pas besoin. Pas besoin d’édulcorer, de reformuler, de réécrire les mots parce que le lecteur a 13 ans : sauf gros grands mots que même un adulte chercherait dans le dictionnaire, ou citations latines à tout va, il va comprendre, et peut-être même apprendre deux trois trucs en chemin. Ce n’est pas en servant des bonnes histoires et en les lissant, en les simplifiant qu’on va faire avancer le schmilblick, et c’est le seul reproche que j’aie à faire à Mauvais sangs.

Publicités

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s