[FILM] You don’t want to be trapped inside with me, sunshine.

Il faut être honnête, je suis amoureuse de Tom Hardy depuis Inception. Complètement. Son personnage de Eames m’a donné des papillons dans le ventre, que voulez-vous, un grand costaud avec une bouche pareille et l’accent britannique, je fonds, c’est pas possible autrement, je laisse aux victimes les fantasmes sur Ryan Gosling et sa barbe de papa. Du coup j’ai eu envie de voir d’autres films de Tom Hardy, en commençant par Bronson, qui avait l’air particulièrement badass et que je voulais déjà voir avant de découvrir le nouvel homme de ma vie.Bronson conte l’histoire vraie de Michael Peterson, incorrigible voyou britannique qui rêve des spotlights et se jette sur le devant de la scène en 1974 en braquant un bureau de poste avec un fusil à canon scié fait maison. Arrêté par la police, il écope de 7 ans de prison pour un pauvre butin de 26£ : prison qui deviendra son hôtel, son monde. Ses prises d’otages agrémentées d’exigences farfelues (une poupée gonflable, un hélicoptère et une tasse de thé), ses violences gratuites envers gardiens et prisonniers et l’impossibilité totale de le soumettre à la moindre forme de contrôle firent de Charlie Bronson (son nom « de scène ») le prisonnier le plus dangereux et le plus célèbre de Grande-Bretagne. A ce jour, il a passé 36 ans en prison, si mes calculs sont bons – dont 30 en isolement cellulaire. Une unité spéciale a été créée pour lui afin de réduire le risque qu’il représentait pour le personnel et les détenus ; il a été incarcéré dans plus d’une centaine de prisons différentes et trois hôpitaux psychiatriques. Il n’est sorti qu’une fois, en 1988, et n’est resté dehors que 69 jours avant de retomber pour braquage. Depuis une prise d’otage en 2000, sa peine maintes fois allongée s’est muée en perpétuité. Charles Bronson a publié onze livres, dont son autobiographie, Loonyology : In My Own Words et l’ouvrage Solitary Fitness décrivant sa méthode de musculation dans un espace réduit et sans accessoires.Bronson est réalisé par Nicolas Winding Refn, connu pour la trilogie Pusher et à présent pour Drive (voilà pour les victimes de Ryan Gosling). Comme on peut s’y attendre concernant le biopic d’un prisonnier, Tom Hardy porte véritablement le film sur ses épaules (très musclées), les autres personnages n’intervenant que de manière très secondaire, au gré de ses transferts et des « activités pédagogiques » disponibles en prison ou en hôpital psychiatrique. Charlie Bronson est le cauchemar de tout gardien de prison, de tout aide-soignant. Très concrètement, il s’en fout. Il n’en a absolument rien à branler de passer sa vie dans la petite cellule d’isolement, tant qu’il est connu, tant qu’il peut saisir des occasions de foutre la merde. Je ne sais pas si on peut encore parler de provocation ou d’insolence ici, quand il s’agit d’un homme qui transforme son « professeur » d’art en tableau de Magritte ou qui, nu, se jette en éclatant de rire sur une escouade de gardes armés et protégés, pour le simple plaisir de casser quelques dents avant de retourner en sang tourner entre ses quatre murs. Michael Peterson est très visiblement un grand malade, ce genre d’homme qui trouve sa place dans le chaos permanent, dans le défi de chaque règle. Bronson n’est pas de ces prisonniers qui baissent la tête pour une ration supplémentaire ou qui espèrent sortir pour bonne conduite. Il a décidé de se faire le système pénitenciaire, et il se le fait magistralement. Comme cette phrase de Dwight (Clive Owen) au sujet de Marv (Mickey Rourke) dans Sin City : Most people think Marv is crazy. He just had the rotten luck of being born in the wrong century. He’d be right at home on some ancient battlefield swinging an axe into somebody’s face. Or in a Roman arena, taking his sword to other gladiators like him. Bronson, c’est ça. Exploitant les failles de son époque avec ses armes : ses poings, ses pieds, ses coudes, une lance de fortune, un morceau de métal. Baisant le système.La réalisation de Bronson est très intelligente, plaçant Tom Hardy sur une scène, nous racontant son histoire avec son regard fou et son sourire inquiétant. Ou plutôt, la racontant à ce parterre d’anonymes guindés, représentant son public, le vrai, ces Britanniques qui se repaissent de ses faits d’armes mais qui préfèrent savoir que les hommes comme Charlie Bronson déchaînent leur violence derrière les barreaux plutôt qu’en bas de leur immeuble. D’ailleurs, quand on regarde bien ces spectateurs, seulement les premiers rangs applaudissent. Peut-être parce qu’ils sont les plus vulnérables face à cette masse de muscle au crâne rasé, à la moustache imposante, qui leur raconte en éclatant de rire la fois où il a étranglé un pédophile en hôpital psychiatrique pour pouvoir retourner en prison. Le reste du public n’applaudit pas, il reste immobile, étrangement stoïque. Effrayé, incrédule, indifférent. La folie du détenu dépasse l’imagination, la logique s’enfuit devant cet homme qui a préféré prendre perpétuité pour faire parler de lui plutôt que d’accéder à la vie « normale ». Bronson se rit de notre vie normale, avec cette hilarité perpétuelle qui rythme toujours sa violence, il se rit de notre logique d’intégration à la société, de tous ceux qui tentent de le calmer, de l’analyser ou de le comprendre. Peut-être rit-il encore maintenant, dans sa cellule étriquée, entre deux séries de 1500 pompes.

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