[BOOK] Mes jours sont tellement dingues que le samedi soir, c’est Woodstock avec mon coupe-ongles.

Il y a un an et des bananes (séchées), un ami m’a parlé de Nicolas Rey et de son livre Un léger passage à vide. Il disait : c’est bien et c’est un peu moi. Moi j’ai dit : j’aime lire et je lis tout ce qui passe, alors prête-le moi. Hasard du calendrier, je n’ai mis la main dessus que vendredi soir et je l’ai lu avant d’aller me coucher, pépoune, comme une dingue, à 21h.

Il faut avouer que ma première impression n’était pas bonne. J’avais envie d’avoir confiance en mon ami qui lit peu mais qui adore ce livre, mais un auteur dont la photo est en pleine page derrière la première de couverture, moi, j’aime pas. Ça ne me donne pas confiance : je suis fangirl de certains auteurs mais je n’ai pas envie de voir un livre sponsorisé par un nom/un visage/un prix comme les réductions sur les paquets de Frosties. Enfin bon. C’est qu’une photo. Je vous la copie quand même, sauf que pour le livre, ils ont recadré en virant le jus d’orange (pourtant si sympathique) pour ne garder que le visage et le col en V, regard profond et couleurs sépia pas belles. En plus c’est pas logique parce que sur la première et quatrième de couverture y a un citron et pas une orange et je n’ai toujours pas compris pourquoi, à part que une fois il dit : « […] je m’offre un citron chaud » en page 120. Mais bon ils auraient pu mettre un coupe-ongles, il parle de coupe-ongles aussi.

Donc voilà Nicolas Rey. Il est critique littéraire à la télévision, écrivain, et son fils s’appelle Simon d’après Wikipédia, ce qui me perturbe parce que dans le livre il s’appelle Hippolyte. Peut-être qu’il voulait l’appeler Hippolyte et qu’il n’a pas osé.

Un léger passage à vide, c’est l’histoire de Nicolas Rey, cocaïné jusqu’aux yeux, alcoolique jusqu’au bout des orteils, papa récent et infidèle chronique, qui a des problèmes de couple (des problèmes du genre séparation, donc assez définitifs) et qui va en désintoxication. Ensuite il n’a pas le droit de toucher à une seule goutte d’alcool de toute sa vie, sinon, son cerveau va se rappeler de son alcoolisme et réclamer des doses cosmologiques de liqueur, ce qui explique ce pétulant jus d’orange sur la photo. Donc il va en rehab comme disent les gens hype dans un centre qui a l’air assez cool et cher où il y a des « ACM (alcool, coke, médicaments) » qu’il n’aime pas parce qu’il ne sait que trop bien comment ils fonctionnent, mais aussi d’autres gens qui peuvent être juste anorexiques, névrosés ou banalement trop vieux et Alzheimer (d’ailleurs, je ne sais pas pourquoi tout le monde dit « Il/elle est Alzheimer« , on ne devrait pas dire avoir (la maladie d’) Alzheimer ?), alors il se fait des camarades, surtout ceux qui le laissent cloper.

Mais il ne parle pas que de la désintoxication, il parle aussi un peu de son fils, de la mère de son fils, de Monica Bellucci, d’une de ses conquêtes, de son meilleur ami, et deux ou trois fois, même, il travaille. C’est dire. Il parle de dîners parisiens où il se fait chier, des soirées où il buvait trop et des rails de cocaïne sur la cuvette des toilettes. Il parle de sa dépression, des nuits qui finissent à l’heure où le voisin prépare son bol de chicorée, de l’adultère, de la couleur d’un canapé (ça, j’ai bien aimé), et de Disneyland à la fin, quand il ne va pas vraiment mieux mais qu’il s’est décidé à faire avec.

Le livre est écrit sous forme de chapitres très très courts (51 chapitres pour moins de 200 pages), de tranches de vie comme ça, dans le désordre, sans transition comme dirait l’autre. L’écriture est simple, réaliste, très autobiographique, un peu sans queue ni tête comme sont les pensées.

Bon, je n’ai pas trop aimé Un léger passage à vide. Déjà, parce que Beigbeder est passé par là, et que l’histoire de l’homme au cœur brisé qui se drogue, boit et fréquente le Costes, je la connais. Je l’ai déjà lue, et mieux écrite. J’aime bien les jeux de mots de Beigbeder et son amour visible pour la langue française, sa culture littéraire, ses envolées lyriques, mais Nicolas Rey n’a pas vraiment de style. Ce sont des phrases sans profondeur, une écriture qui n’est pas crue, mais simplement vraie, limpide. Ce qui peut être bien, mais ici, pour moi, ça n’a pas fonctionné, probablement parce qu’il manque une histoire, un fond assez solide pour soutenir l’absence de forme ; il n’y a pas de fond ici, pas même la lente déliquescence d’un homme, puisque les chapitres sont montés dans le désordre, même si ça suit plus ou moins une chronologie. Le fond ce sont les petites et grandes choses qui arrivent à Nicolas Rey pendant sa désintox, qui lui sont arrivés avant et qui lui arrivent après, mais ça ne m’intéresse pas. Et ce n’est pas assez bien écrit pour que ça m’intéresse. Il y a un vrai, un réel manque de style, même si on veut s’inscrire dans une mouvance réaliste sans fioritures. La seule chose qui m’a plu, c’est que l’homme lâche du début, qui panique devant la grossesse de sa femme (qu’il n’était pas obligée de mettre enceinte) et qui prend le temps d’acheter des clopes quand les contractions arrivent, a un peu plus de courage sur la fin, une fois qu’il a bien galéré à tout perdre et à inculquer à son fils des certitudes qu’il ne faudrait pas apprendre à cet âge-là : « D’abord les bisous, ensuite l’amour et après, on est malheureux comme Papa« . Bah oui HippolySimon, mais Papa, s’il s’était pas farci le nez de coke « récréative » et le foie de grands crus, on n’en serait peut-être pas là.

Pour moi, Un léger passage à vide est un petit peu redondant. Trop vu, trop fait, et aucun truc qui dépasse et qui mériterait une publication (sérieusement, si ce type n’était pas chroniqueur littéraire – membre du tout-Paris mondain, il aurait été édité son livre?). J’ai vraiment l’impression que tout le monde est plus ou moins dépressif de toute façon, et que s’il y en a qui veulent le gérer en se droguant, en buvant comme des trous, etc. etc., c’est leur choix, et s’ils ont arrêté et qu’ils sont fiers, il suffit que leur famille, leurs amis, leur psychiatre le sachent, et surtout que eux le sachent. Est-ce que ça vaut la peine d’en faire un bouquin, juste pour dire « J’allais mal, c’est un peu passé, mais j’ai perdu ma femme entre-temps » ? Je ne pense pas. Je vais sûrement vexer mon ami en disant ça mais bon. L’histoire de Nicolas Rey et l’écriture de Nicolas Rey, en tout cas dans Un léger passage à vide (je vais pas juger les cinq autres livres que je n’ai pas lus), ne font pas un bon bouquin. Ça fait juste un autre bouquin-psychothérapie sur un dépressif du Paris des médias qui se rend compte trop tard que les trucs vrais genre sa femme et son fils c’est mieux que la coke, les filles et le champagne.

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2 réflexions sur “[BOOK] Mes jours sont tellement dingues que le samedi soir, c’est Woodstock avec mon coupe-ongles.

  1. ouais… en même temps pendant que tu le lisais moi j’étais sur au secours pardon, et finalement je préfère toujours Rey, je crois que c’est surtout pour son sens de la formule, il n’y à pas qu’une dépression et trop de coke dans cette histoire, il y à aussi la vie telle qu’on pourrais la vivre par rapport à celle que l’on possède. C’est surtout une histoire de regrets, de rêves brisés pour rien, d’un mec qui se rends compte qu’il à tout perdu parce qu’il pensait ne savoir que perdre, même s’il est capable de bien mieux… c’est peut être pour ça que Rey à une place dans mon coeur que l’ami Octave n’auras jamais. Les vrais reconnaissent les vrais 🙂

    • Mais justement je ne trouve pas qu’il y ait de « sens de la formule ». A part a la limite le chapitre « Je suis une femme parce que… », et encore c’est bien bourré de clichés. Comme je t’ai dit je n’aime pas trop Au secours pardon, c’est carrément pas mon préféré, mais oui c’est la vie telle qu’on pourrait la vivre, de regrets et d’un rêve brisé pour rien, mais c’est mal écrit. Ca n’a pas d’intérêt à mon sens parce que le fond n’est pas très intéressant (surtout que ça va hein le mec il est pas SDF non plus), et la forme n’est pas jolie. Et si, il savait ce qu’il perdait, parce que quand on passe des soirées à se droguer, se bourrer, sauter des nanas et calculer son heure d’arrivée chez soi auprès de sa femme, on sait ce qu’on risque, et il a perdu, voilà.

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