[FILM] Things are going to change here, Ma’.

Un peu de retard pour écrire le compte-rendu du dernier Épouvantable Vendredi de l’Institut Lumière, particulièrement bien ficelé, et des trois films projetés ; on mettra ça sur le dos de mes partiels de mi-semestre… Cette nuit-là était un hommage au master of horror, Monsieur Stephen King qui mériterait un Sir s’il était britannique, créateur de nuits blanches toutes générations confondues, distillateur de cauchemars savamment orchestrés, chirurgien des peurs primales et éternel conteur de la lutte entre Bien et Mal (oui, j’aime bien Stephen King).

On commence assez logiquement par Carrie, film culte de 1976 orchestré par Brian de Palma, réunissant une brochette de jeunes acteurs WASP aux coupes de cheveux improbables et au look résolument 70’s dans un cauchemar adolescent au cœur des États-Unis.

Carrie White, stigmatisée par ses vêtements de vieille fille et sa mère bigote (sans compter des pouvoirs un peu spéciaux), est le mouton noir de son lycée, subissant les humiliations quotidiennes qui sont le lot des élèves marginaux dans l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui. Après une séance de harcèlement particulièrement agressive, Sue Snell, une des filles les plus populaires de l’établissement, est prise de remords et fait inviter Carrie au bal de promo, tentant de l’aider à s’intégrer et de lui montrer que tous ne sont pas hostiles à son égard. Mais puisqu’on est dans un Stephen King, il y a un gros, gros « mais », et la rancune d’une élève va mettre en route un macabre dénouement.

Carrie possède tous les ingrédients du bon nanar à l’ancienne : une mère folle de Dieu tyrannique et dangereuse, des pouvoirs paranormaux, des adolescents en rut, du sang, du feu, et les yeux exorbités de Carrie White, pareils à ceux d’un cheval fou d’épuisement et de douleur. Seulement voilà, je n’aime pas vraiment les nanars, et j’ai bien aimé Carrie. J’ai été surprise par le fait que le film n’ait pas mal vieilli, en dehors de quelques détails (grain de l’image, vêtements et langage des personnages) – les livres de Stephen King sont souvent intemporels, mais un film d’horreur se fane rapidement. L’histoire de Carrie, maltraitée en permanence par les adolescents « normaux » qui expriment par une tyrannie quotidienne leur peur de l’étrange, est un conte éternel, qui pourrait se dérouler trente ans plus tôt ou trente ans plus tard ; les fous de Dieu existent toujours, et sévissent toujours ; les gens foulés aux pieds chaque jour se rebellent parfois de façon spectaculaire, violente, voire meurtrière.

Le climax cultissime de Carrie intervient très tardivement dans un film qui est, principalement, une histoire d’adolescents qui tentent de concilier humanité et popularité, d’une jeune souffre-douleur qui prend le risque de dépasser sa peur et de sortir de sa coquille, d’une attaque minable et sournoise qui sera celle de trop. Si tout se passait bien, Carrie serait un conte positif mettant en valeur les capacités de pardon, de soutien et d’évolution lors du passage critique du lycée à la vraie vie, de l’adolescence à l’âge adulte. Carrie White est coupable de beaucoup, mais ce n’est pas le bad guy ; les bad guys, ce sont sa mère, ses camarades de cours, ses tortionnaires du quotidien et tous ceux qui ont regardé sans rien faire, parce que cela ne se fait pas de s’immiscer dans la vie des gens. Aucun des « gentils » ne sera récompensé pour sa bonté, car c’était trop bref, trop ponctuel et trop tardif pour rattraper seize ans de mauvais traitements, de prières acharnées et de brimades permanentes. C’est en cela que Carrie est un anti-conte, une anti-happy end où tout bascule, d’un petit geste, dans la folie et la violence. Et ça donne somme toute un très bon film.

Publicités

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s