[FILM] Put two human beings in a room, they’ll always end up fighting each other.

On continue dans la nuit Stephen King et après Carrie, c’est The Mist, film de 2008 passé relativement inaperçu, réalisé par Frank Darabont (déjà lié à King par sa très réussie adaptation de La ligne verte (The Green Mile) en 2000) qui met ici en images une nouvelle (de 150 pages environ, tout de même) parue en 1985 dans un recueil éponyme dont on saluera la traduction très inspirée : Brume. Clap clap.

Mon approche du film est ici différente des autres adaptations que j’ai pu voir puisque je n’ai jamais lu, ni même entendu parler de cette nouvelle, égarée dans le labyrinthe des œuvres du Master of Horror sur lequel j’essaie désespérément de rattraper mon retard. Comme beaucoup d’autres schémas chers à Stephen King, on part ici d’une situation de base fantastique, mais simple : dans une petite commune du Maine (encore, toujours, à jamais le Maine), à la suite d’une forte tempête, une brume épaisse tombe sur la ville. David Drayton, le héros, se retrouve coincé par le brouillard à l’intérieur d’un grand magasin d’alimentation où il faisait les courses avec son fils, Billy, en compagnie des clients et employés. Un vieil homme, affolé, arrive en courant et hurle : There’s something in the mist.

On se trouve donc dans un de mes genres préférés : le récit de gens lambda forcés de (sur)vivre ensemble en période de crise. C’est ce qui fait mon amour pour les situations apocalyptiques, les épidémies, les zombies (d’ailleurs, pour ceux qui suivent la série The Walking Dead, on retrouve dans The Mist les acteurs jouant Dale, le papy au camping-car, Andrea, la blonde au flingue, et Carol, la mère de Sophia, comme quoi…). Comme toujours, davantage que « ce qu’il y a dehors » (qui n’est déjà pas joli-joli), on trouve le danger dans « qui il y a dedans » : un père paniqué, une folle de Dieu (encore!), deux ou trois redneck à la gâchette aussi facile que leur intellect est limité, des sceptiques, quatre militaires, quelques enfants affolés, des psychologies fragiles, des mères inquiètes, et bien sûr, David Drayton, propulsé leader malgré lui après avoir eu l’audace de prendre les premières décisions. Il n’y a pas d’acteur vraiment connu, pas de tête d’affiche pour porter fièrement le casting sur ses épaules ; il n’y a que des seconds rôles, des « Je l’ai déjà vu mais où ça? », des « Mais si tu sais il joue le cousin du héros dans…« . Il n’y a que des amis/méchants/femmes/enfants/collègues des héros d’autres films. Mais ce choix (délibéré ou non) dans la sélection des acteurs fait qu’on se sent plus proche de David tentant de protéger son fils que de Robin Williams tentant de reconquérir sa femme. Les gens coincés dans ce magasin, c’est vous, c’est moi, c’est eux et c’est nous. On les connaît de vue. On ne se rappelle pas de leur nom, ou on ne l’a jamais su. Mais ce ne sont pas des héros. Ce ne sont pas des vainqueurs. Ce sont des gens, faibles et forts.

Selon moi, la force de The Mist est que l’intérieur est aussi intéressant que l’extérieur. Dans ce schéma de film, on peut prendre le parti de ne montrer que les survivants, ignorants du dehors (ce qui peut fonctionner) ou prendre le risque de donner un sens, une réalité tangible et donc critiquable à l’au-delà, à ce qui se passe (ou pas) derrière la façade vitrée, au sein de cette drôle de brume qui semble presque solide. L’essentiel du film se passe dans le magasin, avec la glissade si facile de la politesse vers le chaos en 36 heures d’enfermement et de terreur, menée de main de maître par la très juste Marcia Gay Harden qui interpète Mme Carmody, une bigote qui passe rapidement de « folle névrosée du coin » à leader spirituel. Cependant, parfois, on se trouve dehors, dans cette brume qui permet de jouer avec la peur, avec le non-dit et le non-vu (même si on en voit déjà beaucoup, beaucoup trop à mon goût, mais j’aime bien avoir à imaginer). Et c’est pas mal. C’est inégal, mais c’est mieux que beaucoup. Je regrette par contre que les effets spéciaux aient mal vieilli ; même en trois ans, on sent la différence, on n’y croit pas vraiment.

Il faut par contre le dire, et le dire clairement : dans The Mist, l’ « évènement » trouve malheureusement une explication. Malheureusement parce que j’aurais aimé un parti pris différent. Et malheureusement parce que cette explication est nulle. Pire que la théorie des cordes dans Lost, pire que la fin de Identity, pire qu’un twist dans How I Met Your Mother. L’explication ne tient pas debout, elle décrédibilise le film, elle n’apporte quasiment rien à l’histoire et c’est dommage. La seule chose qu’on peut lui trouver c’est qu’elle donne lieu à l’une des scènes les mieux fichues et les plus dérangeantes du film. La seule chose que j’espère, c’est que cette donnée n’est pas dans la nouvelle. Qu’ils l’ont rajoutée pour le film, parce que le producteur voulait qu’on sache, voulait savoir.

Il faut aussi le dire : l’explication n’est pas la solution. On ne dit pas « Ah, ok, c’était ça » et pouf, générique, applaudissements. L’explication explique mais ne résout pas. C’est bien beau de savoir pourquoi cette foutue brume est là et ce qu’il y a dedans, ça ne la fait pas disparaître pour autant. Et heureusement, dans The Mist, il y a la fin. Une fin qui en a dans le pantalon, une fin dont on se souvient et qui prend aux tripes. Une fin qui rattrape – presque – presque presque – cette ridicule explication « scientifique ». Une fin qui crée le fameux blanc pendant le tout début du générique, avant que les gens ne commencent à applaudir ou à se lever pour aller acheter une bière. Ça, c’est bien. Vraiment bien.

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5 réflexions sur “[FILM] Put two human beings in a room, they’ll always end up fighting each other.

  1. hmm, attention à l’usage du terme « éponyme », non seulement il ne devrait pas être utilisé dans ce contexte, mais en plus la relation qu’il caractérise est l’inverse de celle que tu veux probablement indiquer (c’était la minute pédante du type qui connait un seul mot mais qui ne rate jamais l’occasion de le montrer).

    • Ce que je veux dire c’est que le recueil de nouvelles The Mist est éponyme à la nouvelle (The Mist, donc) mais qu’il a été traduit en français par Brume… Ca reste incorrect?

  2. C’est, je pense, la nouvelle qui donne son nom au recueil, donc on pourrait considérer que la nouvelle est éponyme du recueil. Mais c’est sans compter qu’éponyme ne s’applique qu’aux personnages (et initialement qu’aux héros de l’antiquité grecque, ce qui est un brin réducteur pour les utilisations contemporaines).
    Tu peux prendre l’exemple archi-classique : Madame Bovary est l’héroïne éponyme du roman de Gustave Flaubert : le roman est nommé d’après le nom de l’héroïne.

    Dans le meilleur des cas, le recueil dont tu parles est homonyme, pas éponyme 😉

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