[FILM] remember Sammy Jenkins

A l’heure ou la sphère culturelle mondiale s’excitait sur Inception, le dernier Christopher Nolan,  je rattrapais un retard certain en découvrant Memento, autre chef-d’oeuvre tarabiscoté du même réalisateur.

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Dans Memento, Leonard Shelby, personnage ambivalent et perdu, erre dans une ville après la perte de sa mémoire suite à un évènement marquant. Incapable de conserver des souvenirs à court terme, un Polaroïd en bandoulière, il se force à tout photographier – sa voiture, son hôtel, ses compagnons de route – sur des instantanés qu’il annote afin d’être certain que personne ne tente de lui mentir. Ainsi, un « ami » au regard fuyant a sa photo ornée de l’avertissement Don’t trust his lies, tandis qu’une compagne d’infortune a droit à She’ll help you out of pity. Se parlant à lui même, s’oubliant après quelques minutes, ressassant inlassablement son histoire à ceux qui l’ont déjà mille fois entendue, Leonard navigue de mensonges en trous de mémoire à la recherche de John G., tatoué sur sa peau comme toutes autres informations primordiales – John G. raped and killed my wife.

La particularité de Memento réside en un montage parallèle devenu culte, où passé et présent s’entremêlent pour se rejoindre finalement dans les dernières séquences – lorsque le raccord se fait entre les souvenirs oubliés en noir et blanc et l’incompréhensible présent en couleurs. Cette chronologie éclatée, cette obsession, l’incapacité de savoir qui dit la vérité rappelle The Machinist, et un peu Fight Club qui, comme Memento, commence par la fin et est parsemé d’indices permettant à un observateur avisé de déceler les fausses notes dans un enchaînement d’actions. Le film fourmille d’idées formidables et parfaitement exploitées, tels les Polaroïd annotés, les tatouages écrits de façon à ce que Leonard puisse les lire (sur son torse, lisible dans un miroir, sur ses cuisses ou ses bras, gravés dans le sens de lecture du porteur), la chronologie insensée, la révélation de fin, et l’existence d’une version Director’s cut dans le « bon » sens, où les évènements s’enchaînent au fil du temps et qu’il doit être bien agréable de regarder afin d’éclairer tous les éléments de la version normale. Guy Pearce, quelque part entre Brad Pitt et James Delleck, à la fois froid et brûlant, riche et pauvre, perdu et déterminé, donne au personnage de Leonard Shelby une intensité presque douloureuse dans une boucle qui semble ne pas avoir de fin.

Ce héros dont la vie ne tient qu’à une poignée de clichés et à un stylo, qui ne retrouvera jamais le chemin de sa voiture s’il perd sa veste à six poches et qui ne reconnaîtrait pas dans la rue un ami croisé dans la matinée, brûle d’un seul but après lequel il n’envisage rien – la vengeance pour la vengeance, quand bien même devrait-il l’oublier. Mais comme les Polaroïd brûlent, les tatouages s’effacent, et rien n’est finalement ce qu’il semble être.

Écrit et publié pour la première fois le 19 août 2010

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