[BOOK] Et puis voilà, désolé, mais vos sept minutes sont écoulées

Une fois n’est pas coutume, moi qui ne sait pas parler littérature, je vais parler d’un livre que je viens de finir pour la seconde fois : Le festival de la couille (titre original Testy Festy) de Chuck Palahniuk, observateur acéré du dépressif underground américain qu’on ne présente tout simplement plus depuis Fight Club.

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J’ai pour Chuck Palahniuk une sympathie similaire à celle que j’éprouve pour Frédéric Beigbeder. Devenu leader involontaire d’un mouvement anarchiste et violent à la suite de Fight Club, souffrant d’une image de marginal inadapté, le côté show-biz du film contestataire et des dents cassées de Brad Pitt prit le pas sur une qualité littéraire triste et émotive, à la fois chirurgicale, précise, et intensément humaine.

Dans Le festival de la couille et autres histoires vraies, l’auteur nous emmène dans un tour d’Amérique, selon une quête permanente : la façon dont les humains se rassemblent et se retrouvent (détaillée dans l’excellente préface). Le livre s’ouvre ainsi : Au cas où vous ne l’auriez pas encore remarqué, tous mes livres parlent de quelqu’un de solitaire qui cherche un moyen de se rapprocher des autres. Il y a des ébats publics sur une scène crasseuse du Montana lors d’un festival aux allures païennes. Il y a des lutteurs amateurs, déshydratés et maintenus dans un poids idéal drastique, qui savourent leur oeuf quotidien avec un sourire jusqu’aux oreilles, qu’ils ont déformées et en chou-fleur. Il y a des combats de moissonneuses-batteuses customisées qui soulèvent la poussière de l’Etat du Washington. Il y a des speed-dating professionnels où chaque personne paye cinquante dollars une durée de sept minutes pour résumer son livre à un éditeur ou son scénario à un producteur dans l’espoir de le voir accepté. Il y a un voyage au pays des constructeurs de château, à la rencontre de trois américains qui décidèrent un jour, chacun de leur côté, de construire leur palais en stuc ou en pierres de rivières, tout seul, pour mener une vie de château. Il y a six mois passés au côté d’officiers de la Marine dans un sous-marin nucléaire.

Cette première partie s’appelle Ensemble et Chuck Palahniuk s’y attache aux liens entre les êtres humains, à ces cadres et à ces réseaux qui naissent. La deuxième partie s’appelle Portraits, et contient des interviews mêlées à des réflexions personnelles. On y croise l’actrice Juliette Lewis (Tueurs-nés), les écrivains Amy Hempel et Andrew Sullivan, Marilyn Manson, une secouriste nommée Michelle Keating. Chacune de ces personnes, inconnues ou célèbres, offre une vision, un morceau de sa vie, dont l’auteur se nourrit. Il raconte à un moment, en riant, qu’une des seules choses qui soit totalement inventée dans Fight Club, ce sont justement les fight clubs. Il a un ami qui met des images porno dans les films, et un autre qui souille la nourriture des restaurants chic où il travaille. Il connaît une fille qui fabrique du savon de façon artisanale. Et maintenant, dans le monde entier, des serveurs lui offrent des plats et des lecteurs lui font la gueule parce qu’ils pensent qu’il ne veut pas leur révéler où est le fight club local – comme s’il les dirigeait tous.

La dernière partie est intitulée Seul. Chuck Palahniuk s’y consacre à raconter des moments de sa vie, sans prétention, sans romancer. Il a été accompagnateur pour des personnes en fin de vie qu’il emmenait voir la mer ou au parc. Il est allé vendre Fight Club aux studios de Los Angeles alors qu’une crème dépilatoire couplée à un rasoir avaient transformé son crâne en un champ de blessures suppurantes. Il a rêvé des lèvres de Brad Pitt. Il a reconnu le cadavre de son père.

Je crois que le propos du livre est : chaque élément forme une personne. Chaque personne est unique, et la vie est une quête sans espoir de trouver quelqu’un d’identique. Chaque personne est seule – et chacun se débat pour ne plus l’être.

 

Écrit et publié pour la première fois le 19 août 2010

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