[BOOK] Bénissons nos désirs insatisfaits, chérissons nos rêves inaccessibles : l’envie nous maintient en vie.

Au début, comme tout le monde, j’ai vu 99F (bien avant de le lire). Comme tout le monde, j’étais là, devant une jolie claque visuelle cynique, j’ai aimé Jean Dujardin mais n’avais pas d’avis sur ce vieux beau de trente ans, cet antagonisme vivant du Tout-Paris mondain, le mec qui a ses entrées à Canal +, qui fait un slogan de parfum avec le titre d’un de ses livres, avec ses cheveux gras et sa barbe de quelques jours. J’étais trop jeune pour savoir qui était Frédéric Beigbeder et mes parents étaient trop vieux. Ma génération se fout de Frédéric Beigbeder.

beigbeder-copie-1.jpg

 Ensuite j’ai lu 99F sans ressentir beaucoup plus qu’un amusement et un dégoût mêlés. J’étais gênée par cette hypocrisie qui faisait d’Octave un personnage autobiographique, troublée par la frontière trop mince entre réel et fiction. Puis, au détour d’un bouquiniste à Vannes, cet été, je suis tombée sur une jaquette jolie mais frappée du logo outrageusement racoleur : Au secours pardon. LA SUITE DE 99F!!. Et comme je ne savais pas qu’il y avait une suite et que le livre coûtait 3€, je l’ai acheté. Et je l’ai dévoré. Ensuite, dans le désordre, j’ai lu Windows on the world, Un roman français, Nouvelles sous ecstasy, L’amour dure trois ans. Ensuite je suis tombée amoureuse de la plume de Frédéric Beigbeder.

Il y a quelque chose d’étrange à lire la vie banale d’un homme inconnu et connu. Une partie de moi me demande ce que j’en ai à foutre du divorce de Beigbeder, de ses sentiments vis-à-vis du World Trade Center ou des cadors de chez Madone qui font du yaourt en tutu. L’autre partie demande poliment à la première de se taire et de me laisser lire. La plume de Frédéric Beigbeder n’est pas raffinée, ce n’est pas du Baudelaire, l’alcool et les drogues y sont ce qu’ils sont, c’est-à-dire des saloperies livrées à la faiblesse humaine. Beigbeder bourré n’est pas classieux, n’a pas d’oniriques splendeurs au bout de ses doigts, non, Beigbeder bourré va mettre des pièces de 10 Francs dans des cinémas porno. Beigbeder sous ecstasy se prend des descentes qui lui scotchent les dents et l’écrasent au plafond.

Mais Beigbeder a une façon d’intégrer le lecteur dans son histoire. Il raconte sa vie, il ne s’en cache pas, ses sentiments parfois misérables, souvent naïfs, un genre d’écorché vif qui aurait la maturité d’un homme de trente ans et la fragilité d’un enfant de neuf. Un homme qui tombe amoureux tous les trois ans et qui voudrait ne plus croire en l’amour, une victime qui s’aplatit devant les femmes qu’il aime parce qu’il est moche et qu’il trouve déjà ça biend’être aimé par une femme. Un romantique paumé de notre époque qui a compris trop tard qu’haïr un système ne suffit pas et qu’on ne pourra jamais le détruire de l’intérieur, qui a trouvé sa place par un miracle inexplicable dans un siècle et une société qui ne sont absolument pas faites pour lui.

Quand il retrouve son enfance dans Un roman français j’étais heureuse pour lui.

Écrit et publié pour la première fois le 8 novembre 2010

Publicités

Une réflexion sur “[BOOK] Bénissons nos désirs insatisfaits, chérissons nos rêves inaccessibles : l’envie nous maintient en vie.

  1. Pingback: [BOOK] Mes jours sont tellement dingues que le samedi soir, c’est Woodstock avec mon coupe-ongles. « Rhum & Soda

Commenter

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s