[BOOK] 43 AOÛT 1880

Ayant à nouveau effectué un de mes légendaires craquage de portefeuille chez un bouquiniste (mais c’est pas cher!!), me voilà en train de lire Misery de Stephen King, dont j’avais entendu beaucoup de bien.

Le talent de King, qui est pour moi indéniable, est d’immerger le lecteur en utilisant à merveille toutes les possibilités du narrateur omniscient. Les livres ne sont pas à la première personne, mais plongent dans l’imagination déformée, torturée, souvent terrorisée, du ou des héros. King ne se met pas à la place des « méchants », souvent des fous, ou des représentations allégoriques de terreurs fondamentales (le Wendigo de Simetierre, le clown protéiforme de Ca), mais possède une connaissance si riche et précise des chemins tortueux de la peur que, davantage que l’intrigue, c’est sa dissection de la peur qui accroche. Il sait qu’en état de terreur pure, un être humain va s’accrocher à des détails futiles (les taches de rouille sur la lame qui va lui trancher la jambe, par exemple) au lieu de se focaliser sur l’essentiel (Bon Dieu il faut que je trouve un moyen d’enlever ma jambe de sous cette hache!!). Il sait aussi que même chez les adultes, certaines peurs irraisonnées trouvent leurs racines dans un épisode anodin pouvant être survenu des décennies auparavant. Il connaît l’importance de petits détails lorsque la vie quotidienne sombre dans l’horreur : une chanson de rock qu’on a aimée, une cigarette, une boîte de biscuits de la même marque que ceux qu’on amenait au bureau. King sait également à quel point l’humain s’adapte, comment ce qui fut un calvaire devient peu à peu le quotidien, avec quelle facilité on se prend à y penser comme à « la vie d’avant ». C’est cette précision chirurgicale, ces vérités infimes, ces réactions qui semblent à la fois absurdes et compréhensibles, qui identifient le lecteur au héros.

Et c’est justement ce talent, irremplaçable, inadaptable, qui fait que les adaptations des livres de Stephen King au cinéma sont presque toujours des films inégaux, souvent des téléfilms d’épouvante, de la série B. Bien sûr, Shining est exception, mais je me refuse à en parler puisque je n’ai pas lu le livre. Certaines personnes adorent le film Misery ; moi, après avoir lu le livre, je m’ennuyais au bout de quinze minutes. Ne pouvant retranscrire l’angoisse des protagonistes aussi bien que l’auteur, les films s’échinent à faire peur par des ficelles plus classiques. C’est peut-être là que Shining excelle puisqu’on est dans la folie de Jack Torrance, dans ce bar d’hôtel, dans ces fillettes, ces rivières de sang, cette ignoble vieille femme. Ses hallucinations prennent corps comme la folie et la terreur prennent corps sous la plume de Stephen King.

https://i1.wp.com/www.circletheatre.com/misery/misery_images/MISERY1.jpg

Écrit et publié pour la première fois le 28 juin 2010

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Une réflexion sur “[BOOK] 43 AOÛT 1880

  1. le « shining » de kubrick, absolu chef-d’oeuvre, doit assez peu à king, en fait… mais le « carrie » de palma ou le « christine » de carpenter sont excellents… sinon, chez king, c’est bachman que je préfère: « rage » et « the long walk » notamment… mais je dois bien avouer que « jessie » , ainsi que « nona » et « la ballade de la balle élastique » – tirés du recueil « brume » – interpellent assez, quelque part…

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